Mayotte, une île en devenir…

IMG_1900

Nous quittons la plage de N’Gouja pour plonger sur la passe Bateau. Quelques jours auparavant, à Sakouli, pour les grandes marées, à marée basse, des dizaines d’enfants et de femmes pêchaient à pied, arpentant le platier, pique à la main, à la recherche de poulpes, mais là nous sommes seuls. La mer est calme, lisse, nous nous dirigeons vers le nord-ouest, le lagon nous offre son camaïeu de bleu, son eau d’une transparence vertigineuse, fascinante, qui laisse présager, sous sa surface, une visibilité de rêve. Comment la photographie pourrait-elle rendre cet espace de lumière ? Après une semaine de plongée avec un club calamiteux, je me laisse enfin aller, je n’ai pas d’espoir de plongée mirifique, simplement, heureux d’être là, sur l’eau, avec ma fille, je m’imprègne de ce bleu en espérant pouvoir le garder à jamais en mémoire. Je ne suis pas dans l’attente et c’est la meilleure des conditions pour profiter des cadeaux de la vie. Mise à l’eau, bascule arrière. Nous nous laissons porter doucement vers l’extérieur de la passe en longeant le tombant. Les requins sont rares à Mayotte. Tiens, Carole nous montre un petit pointe blanche sur le fond, joli. J’ignore alors que ce n’est que le début d’un véritable festival. Le regard vers le fond nous n’avons d’abord pas vu un requin massif (3 mètres ?, un gris ou un pointe blanche du large ?) qui nous tourne autour, en surface, sa silhouette se dégage en contre-jour sur la surface miroitante, il reste avec nous trois ou quatre minutes. A peine a t-il disparu, qu’un grand (vieux ?) barracuda – j’ai l’impression d’une gueule édentée – éclatant de toute son armure argentée, nous survole. Nous tournons la tête vers le large pour découvrir un thon solitaire, vif-argent et massif, (j’aime tellement leur fuselage brillant, leur puissance aquatique incontestable, cette magnifique évidence évolutive, qu’il me devient difficile de les manger). Mais pas de temps à perdre : au-dessus du tombant, une raie-aigle, reconnaissable à son « nez » pointu ; elle file, solitaire, vers le large. Waouhh ! La plongée peut s’arrêter, elle est déjà extraordinaire ; nous la finissons sur un nuage, en communion avec l’esprit du lagon, cette toile magique d’interactions écologiques. Fusées d’écailles qui croisent et illuminent notre route. Après « la patate aux gaterins », nous nous laissons porter par le courant entrant dans la passe et là, Carole, « œil de lynx », repère la silhouette, sur le fond, de la taille d’un autobus (?), d’un requin-baleine – le requin-baleine c’est « le graal » des plongeurs ; Olivier, le responsable du club, n’en a vu que deux en dix ans – c’est une vision fugace, car ce seigneur trace sa route, il est loin au-dessous de nous et nous ne verrons pas les points blancs caractéristiques de sa robe, mais sa silhouette, à la bouche « carrée », est unique. La mer est encore « cet infini vivant ».

IMG_2337

Dans le canal du Mozambique, entre l’Afrique et Madagascar, entourée par une double barrière de corail de plus de 150 kms de long, Mayotte possède l’un des plus grands lagons fermés au monde. 101ème département français, cette île est surtout connue en métropole pour le problème récurrent et insoluble de l’émigration clandestine en provenance des Comores.

La mer est l’avenir de Mayotte et, à ce titre, la création, en janvier 2010, du parc naturel marin (69 000 km2) est une bonne chose.

L’île héberge des tortues marines (principalement la tortue verte Chelonia mydas et la tortue imbriquée Eretmochelys imbricata), dont deux mille à peu près, surtout de la première espèce, viendraient pondre sur une centaine de plages de l’île (dont trois seulement sont surveillées pour éviter dérangement et braconnage). Les sites les plus fréquentés sont les plages de Moya et de Papani en Petite-Terre, les plages de Saziley et de Charifou au sud, les plages de Mtsanga, Nyamba, Apondra et Mutsumbatsu à l’ouest et les plages de l’îlot de Mtzamboro.

IMG_6354

Le pic des pontes a lieu entre mars et septembre, les tortues viennent pondre tous les 3 ans et restent pour cela 2 à 3 mois (période pendant laquelle elles pondent, en gros, trois fois, cent œufs à chaque fois). Celles qui pondent ne sont pas les mêmes que celles que l’on peut voir en nourrissage sur les herbiers des platiers en bord de plage (ces dernières vont se reproduire ailleurs : Mozambique, Tanzanie, Madagascar…)

Le Jardin Maoré (l’hôtel situé sur la plage de N’Gouja) agit par sa simple présence et par une action de sensibilisation à la protection des tortues marines. La plage est divisée en trois zones : navigation, baignade, protection, malheureusement cette dernière n’est pas respectée et l’on peut voir, le week-end, des gens s’y baigner ou installer leurs serviettes de plage sur les emplacements délimités de nids à tortues. Le braconnage de tortues sur Mayotte est estimé à plus de 100 individus par an.

Mayotte est un spot pour l’observation des baleines à bosse qui viennent y mettre bas durant l’hiver austral.

De manière plus occasionnelle, des baleines à bec de Blainville, des orques, des cachalots et des baleines bleues ont également été observées à Mayotte. Une Charte d’approche des mammifères marins vient d’être signée par les 7 principaux opérateurs de l’île.

Toute l’année le dauphin à long bec, le dauphin tacheté, le grand dauphin et le péponocéphale parcourent le lagon.

Le dugong est en voie dramatique de disparition, il en resterait moins de dix.

Le braconnage est l’une des plaies de l’île. On croise régulièrement des pêcheurs dans la passe en S, en plein Parc Marin, ainsi que dans la passe Bandrélé et autour du récif Rani. Les tortues sont tuées sur les plages de Saziley et Nord (Acoua). La magistrature aurait demandé aux forces de l’ordre et aux autorités environnementales de ne pas établir de procès-verbaux de fraude de pêche en raison du manque de moyens pour les traiter et aussi pour laisser la population clandestine subvenir à ses besoins.

Mayotte ne pourra devenir une destination touristique attractive que quand elle aura réglé ses graves problèmes d’hygiène, de saleté, de sécurité et d’infrastructures hôtelières insuffisantes.

Il est aujourd’hui impossible de se baigner sur une plage de Mayotte en laissant ses affaires sans surveillance.

Toutes les plages (sauf celle par exemple de N’Gouja nettoyée par l’hôtel du Jardin Maoré) sont jonchées de canettes et de déchets en plastique. Le tri sélectif, qui démarre à Mayotte, va dans le bon sens, mais il faudra sans doute plusieurs dizaines d’années avant que la propreté entre dans les mœurs.

IMG_1912

L’Agence régionale de Santé de l’océan Indien (ARS-OI) vient de montrer que le taux de conformité des eaux de baignade n’était que de 72%, les principaux polluants étant la matière fécale, animale ou humaine. L’équipement de stations d’épuration collective pour toute l’île est estimé à 600 millions d’euros.

Il n’y a que deux hôtels de catégorie « supérieure » sur l’île : le Jardin Maoré au sud-ouest de l’île, sur la plage de N’Gouja, très connue pour sa population de tortues marines et l’hôtel Sakouli, sur la côte est, en face de la fameuse passe en S, connue des plongeurs. Ce dernier hôtel bénéficie d’une restauration de qualité, d’une superbe piscine en belvédère au-dessus de la plage du même nom, par contre son club de plongée ne répond plus aux normes européennes de sécurité et d’efficacité ; l’hôtel proprement dit doit subir d’importants travaux de rénovation, des pans entiers de murs étant en voie d’écroulement. L’offre hôtelière est donc des plus réduite sur l’île.

La mer est la principale source de richesse de l’île encore trop dépendante des fonds publics (45% du PIB local). Le développement endogène de l’île passe par une meilleure exploitation des richesses de la mer : tourisme nautique (voile, plongée, sports de glisse…), énergies renouvelables (hydroliennes), aquaculture et pêche.

mgorg1

Avec une Zone Economique Exclusive (ZEE) de près de 74 000 km2, potentiellement, la pêche est la première ressource avec 7000 tonnes de poissons pêchés par an par des navires français et espagnols (chiffre d’affaire annuel moyen de 10 millions d’euros). Les navires industriels débarquent leurs captures aux Seychelles où elles sont mises en conserve puis exporter vers la métropole pour, parfois, revenir sur Mayotte. Aucun mahorais n’est embauché sur ces thoniers senneurs. C’est uniquement depuis 2009 que Mayotte reçoit 250 000€ par an de recettes liées aux licences de pêche délivrées pour sa ZEE (avant cette date, cette somme était perçue par les Terres Australes Antarctiques Françaises (TAAF). Les thoniers ne peuvent maintenant s’approcher à moins de 24 miles de la côte pour respecter la pêche artisanale mahoraise.

Autre sortie dans le lagon mahorais. Pour voir les baleines. Un jeune baleineau, de loin, nous offrira ses sauts. Son ventre blanc, les sillons de sa gorge. Il fait le pitre, claque de la queue, des pectorales. Mais la vraie magie c’est au retour. Nous approchons une bande de grands dauphins dans le strict respect des règles (rester en retrait, ne pas couper leur course, moteur débrayé à moins de cent mètres…), nous nous mettons à l’eau et ils viennent à nous, curieux. Voilà ce qui arrive quand l’animal est trop près de l’objectif et que, dans un premier temps, l’émotion nous empêche de reculer.

IMG_6316

IMG_6321

Publicités
Cet article a été publié dans Dauphins, Mayotte, Océan Indien, Pollution, Tortues. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Mayotte, une île en devenir…

  1. balducci dit :

    du boulot et du temps pour que Mayotte devienne cette île paradisiaque…et beaucoup de volonté locale, propriétaire d’un snack de plage je suis sensible à ce blog qui ne retient pas ses mots et c’est sans doute ainsi que les choses avancerons …l’authenticité est la marque de fabrique de Mayotte alors ne répétons pas les erreurs des autres îles et défendons ce patrimoine naturel qui, il faut bien l’admettre, est menacé….
    stephane
    sous le vent Mayotte

    J'aime

  2. Spielmann Sandro dit :

    C est vrai il faut faire attention à la nature

    J'aime

  3. gbouchon dit :

    excellent blog et photos de rêve…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s