Pourquoi nous plongeons.

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Pour le sport, pour voyager, pour faire des photos, pour la beauté, pour les sensations, pour découvrir la faune marine, pour la technique…derrière toutes ces vérités partielles se cache une vérité « universelle », profonde, enfouie en nous mais qu’il est difficile d’exprimer. L’aide des « anciens » peut s’avérer utile.

Hasard d’une déambulation dans un vide-grenier : je tombe sur « L’aventure sous-marine » de Philippe Diolé, 1951. Je ne connais pas. Je découvrirai plus tard que Diolé est l’une des trois plumes de Cousteau. En attendant j’y trouve trois pépites : une citation de Paul Valery, une autre de Robert Gruss et enfin un vaste panorama des connaissances de la mer à l’époque. Diolé imagine ce que le scaphandre autonome apportera à l’humanité.

Valéry, dans sa jeunesse, à Gênes ou Sète, ne plonge pas mais il nage, beaucoup :

« Je m’accuse d’avoir connu une véritable folie de lumière, combinée avec la folie de l’eau. Mon jeu, mon seul jeu, était le jeu le plus pur : la nage…Il me semble que je me retrouve et me reconnaisse quand je reviens à cette eau universelle. Je ne connais rien aux moissons, aux vendanges…Mais se jeter dans la masse et le mouvement, agir jusqu’aux extrêmes, et de la nuque aux orteils ; se retourner dans cette pure et profonde substance, c’est pour mon être le jeu comparable à l’amour…Mon corps devient l’instrument direct de l’esprit, et cependant l’auteur de toutes ses idées. »

Robert Gruss : « Je pense que la plongée en scaphandre autonome a créé une nouvelle race : les Hommes de la Mer. Ils la considèrent dans sa masse, ils en subissent le poids, ils cherchent à en pénétrer les secrets. Pour ma part, je n’ai jamais envisagé la plongée comme une simple distraction ou même un sport. A l’instant où la Mer se referme sur moi, j’ai toujours le sentiment qu’une grande chose s’accomplit et je me sens pénétré de respect, sans trop savoir d’ailleurs envers qui ni pourquoi. »

Et Diolé de rajouter : « Ce que nous offre la Mer profonde, ne serait-ce pas un Humanisme retrouvé?…Est-ce bien un Humanisme, cette lente imprégnation, cette douce et constante illumination, dévolues aux « Hommes de la Mer »?…Seule compte la certitude que nous procure notre vie marine : de même qu’il n’est pas un point du corps du plongeur qui ne trouve dans l’eau son emploi ou son repos, il n’est pas une part de son esprit qui demeure en dehors du jeu. Quelle promesse! »

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Avant la découverte de Diolé, je redécouvre Jack London. Que nous croyons tous connaître mais que nous ne connaissons qu’à travers des livres pour enfants (« Croc Blanc », « L’appel de la forêt »…) qui sont des œuvres amputées et mal traduites. London, c’est beaucoup plus que cela. Une énergie vitale incandescente tournée vers la Nature et donc, aussi, la Mer. Beauté de la mer : « …les crépuscules marbrent de rose la mer pourpre, alors que les derniers rayons du soleil montent, divergents, dans le ciel avec les reflets du bleu le plus pur…en arrière, lorsqu’il y a du vent, s’agitent en profondeur des cohortes de fantômes turquoise, voilées par l’écume laiteuse foulée par la carène du Snark à chacun de ses passages dans la lame. La nuit, notre sillage phosphorescent passe à travers des bancs de méduses repoussées par notre lourde coque, pendant qu’en profondeur s’élancent des étoiles filantes aux traines nébuleuses, sillages de bonites se précipitant à travers la masse immobile des polypes« .

Jack, adolescent, sillonne la baie de San Francisco, braconnant les parcs à huitres à bord de son petit voilier ; plus tard il passera de l’autre côté et fera la chasse aux pilleurs de coquillages, puis partira 7 mois sur les côtes du Japon à la chasse aux phoques. Dans la dernière partie de sa vie (à 35 ans!), il fera construire le Snark avec lequel il explorera les Mers du Sud avec sa femme. Le voyage finira mal, ravagé par l’alcool et la maladie, il devra l’interrompre beaucoup plus tôt que prévu.

« …si l’on a goûté à la mer, on ne pourra jamais plus en rester éloigné. On a le sel dans les os comme dans les narines, et l’appel de l’océan se fera entendre jusqu’à la mort. Plus tard j’ai suivi des chemins avisés pour gagner ma vie, j’ai déserté des postes d’équipage pour des demeures stables, mais toujours je suis revenu à la mer. »

« Il y a une extase qui marque l’apogée de la vie et en constitue le sommet indépassable. Tel est le paradoxe de l’existence : cette extase survient quand on est le plus pleinement vivant, tout en l’oubliant complètement. Cette extase, cet oubli de la vie, saisit l’artiste élevé et emporté hors de lui-même dans un rideau de flammes…elle s’empara de Buck, alors qu’il conduisait la meute, poussait l’antique cri du loup, et fonçait derrière la nourriture vivante qui fuyait rapidement devant lui au clair de lune. »

Buck est le chien-loup héros de « L’appel de la forêt » (maintenant « L’appel sauvage« ). La modernité de London est aussi dans ce continuum assumé entre l’homme et l’animal.

Cette extase est cette sensation toujours espérée quand nous faisons notre bascule arrière et nous laissons emporter par le Grand Bleu…

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