Khao phat kung

Tapez crevette dans Google Images (ça marche aussi avec saumon) et vous découvrez cinq cent images de plats à base de crevettes, ça donne une bonne idée des préoccupations de l’espèce humaine.

La crevette est avant tout un animal, un crustacé.

La crevette est un miracle de fragilité et de beauté cristalline…

crevette periclimenes photo : Jean Bourrel Bali

crevette periclimenes photo : Jean Bourrel Bali

Les crevettes sont des crustacés aquatiques marins ou d’eau douce.

Les « vraies » crevettes sont dans l’ordre des décapodes. D’autres groupes de crustacés qui leur ressemblent sont parfois également désignés ainsi : les krills, les squilles (ou crevettes-mantes) et les mysidacés.

Dans les décapodes on trouve aussi les crabes, les écrevisses, les homards, les langoustes et les galathées. Rien que dans l’infra-ordre des Caridea il y a plus de 2800 espèces.

Les différentes crevettes se distinguent par leur structure branchiale :

– les crevettes « vraies » comprennent entre autres : les crevettes roses ou bouquet (genre Pandalus), les crevettes grises (genre Crangon)…

– les crevettes pénaéïdes dont la crevette brune, la bleue, la banane…

– les crevettes nettoyeuses, qui nettoient les poissons de leurs parasites

 

Ceci étant dit vous avez le droit de saliver devant un plat de crevettes sautées à l’ail ou un potage thaï de crevettes à la citronnelle, mais sont-elles vraiment bonnes pour la santé ?

Les crevettes sont riches en protéines (20g pour une portion de 60g), pauvres en graisse (entre 70 et 90 kcal/100g) ; c’est un des aliments les plus riches en sélénium (utile contre le cancer, les maladies cardiovasculaires, le déclin cognitif ou les maladies thyroïdiennes).

Les crustacés en général sont riches en acide gras omega-3, vitamines, phosphore et iode.

Les crevettes sont naturellement riches en sodium, il faut donc faire attention à choisir une préparation qui ne soit pas trop salée.

Elles sont riches en cholestérol : 107 mg pour notre portion de 60g, ce qui n’augmente pas le risque de maladie cardiaque selon les cardiologues.

En France, quand manger des crevettes fraiches?

Le bouquet, pêché en mer d’août à décembre, la grise sauvage, pêchée de juin à octobre, ou celles issues d’élevages extensifs telles que celles de Marennes-Oléron, pêchées d’août à octobre, méritent d’être dégustées fraîches à la bonne saison.

Mais la plupart des crevettes que nous consommons sont importées d’Asie et, si les plats aux crevettes sont souvent frauduleux en terme d’étiquetage, le plus inquiétant concerne la présence d’antibiotiques et de pesticides pour lesquels il y a peu de contrôles.

Impossible de se fier à la couleur des crevettes pour les choisir. On pensait que les crevettes très rouges (cuites) étaient riches en astaxanthine, un caroténoïde à fort pouvoir antioxydant, or des travaux mexicains viennent de montrer que les crevettes exposées aux métaux lourds comme le cuivre étaient plus rouges que les autres.

Plus grave encore. La multiplication des fermes à crevettes en Asie entraîne la destruction des mangroves qui sont de véritables nurseries pour les poissons sauvages et qui sont indispensables pour lutter contre l’érosion des côtes. Soulignons le travail formidable de l’ONG française Planete Urgence, sur ce sujet, et celui de la philippine Jurgenne Primavera qui a été élue « héros de l’environnement » par Time Magazine en 2008 pour avoir proposé un nouveau système d’élevage de crevettes extensif qui préserve les mangroves.

La pêche à la crevette sauvage est responsable de gaspillage à cause des prises accessoires. Voilà de quoi donner un goût amer à vos gambas flambées au whisky.

Les Américains l’ont bien compris et en 2015 une quarantaine de fermes d’élevage indoor (sur terre ferme) seront opérationnelles. A noter qu’une ferme d’élevage de gambas devrait bientôt voir le jour dans la région Nord-Pas-de-Calais.

Comment, alors, choisir ses crevettes? Regarder la labellisation, choisissez celles de Madagascar (label Rouge ou AB) ou de Nouvelle-Calédonie, élevées dans des fermes aquacoles réputées exemplaires en matière de qualité et développement durable. La crevetticulture calédonienne est basée sur l’élevage d’une espèce exotique, Litopenaeus stylirostris, originaire de la côte pacifique de l’Amérique Latine.

L’application du label MSC (Marine Stewardship Council) aux crevettes pose problème. La pêche aux crevettes au chalut est destructrice de l’environnement. Un rapport établi pour une pêcherie à la crevette reconnaît que les crevettes ne peuvent être capturées sans porter atteinte aux espèces remontées accidentellement et au fond marin mais concluait que puisque ce dernier était endommagé ainsi depuis longtemps il n’y avait pas de mal à continuer. Exemple d’une opération de chalutage de 4 jours à l’ouest de l’Ecosse : pour débarquer 28300 crevettes, 12500 poissons de 38 espèces différentes furent attrapés puis rejetés à la mer, morts pour la plupart. Les crevettes font parties de ces pêcheries endurantes dont les espèces ont un taux de croissance élevée et peuvent subsister dans des milieux très dégradés. Elles ont bénéficié de la capture de la plupart de leurs prédateurs du fait de la surpêche. C’est une pêcherie du dernier recours. Donner le label MSC au chalutage des crevettes c’est comme soutenir la destruction de la forêt tropicale parce que les plantations de palmiers à huile qui les remplacent sont durables. Une condition devrait être nécessaire pour que ces pêcheries du dernier recours et celles utilisant des méthodes destructrices comme le chalut ou la drague puissent être labellisées : créer des zones protégées étendues à côté des zones de pêche.

élevage de crevettes à Bali

élevage de crevettes à Bali

En plus du problème écologique, l’élevage de crevettes en Asie pose le problème de la responsabilité sociale des acheteurs puisque, depuis un article du journal The Guardian de juin 2014, on sait que des esclaves sont « employés » sur les bateaux de pêche minotière dont la récolte sert à nourrir les crevettes thaïlandaises. Crevettes qui se retrouvent sur les étals de Wal-Mart, Carrefour, Costco, Tesco ou Aldi. Cela rejoint le scandale des employés du textile au Bangladesh mis à jour lors de l’effondrement de l’immeuble Rana Plaza en avril 2013, drame qui a fait plus de mille morts.

Ce scandale implique plus particulièrement le plus grand producteur mondial de crevettes (crevettes fraîches, congelées ou cuites à destination de la grande distribution, de l’industrie agroalimentaire ou des fermes d’élevage), l’entreprise Charoen Pokphand Foods (CP Foods), qui est basée en Thaïlande et qui achète pour ses propres fermes d’élevage de la farine de poisson ou de « poissons déchets » non comestibles pour les humains à des fournisseurs qui ont des navires avec des esclaves ou qui se fournissent eux-mêmes auprès de tels navires. D’après The Guardian, l’entreprise thaïlandaise a d’ailleurs admis qu’une main-d’œuvre esclave participait à cette chaîne de production.

Elevage de crevettes, Bali

Elevage de crevettes, Bali

Des hommes auraient, en effet, été vendus et détenus contre leur volonté sur des navires de pêche en Thaïlande. Leurs conditions de travail et de vie seraient terribles, jusqu’à 20 heures de travail par jour en étant très peu nourris, mais en prenant des méthamphétamines pour pouvoir tenir, à savoir des drogues de synthèse qui visent à lutter contre la fatigue. Ils feraient l’objet de brutalités, de tortures et même de meurtres. Ceux qui sont trop malades pour travailler sont tout simplement jetés par-dessus bord. Un témoin raconte à ce propos que l’un d’entre eux a été écartelé en étant attaché à la proue de quatre navires. Ces esclaves sont notamment des travailleurs migrants en provenance de Birmanie et du Cambodge. Ils disent être passés par des intermédiaires qui leur ont permis de traverser clandestinement la frontière puis qui étaient censés ensuite leur trouver du travail en Thaïlande. En réalité, ils s’aperçoivent vite qu’ils ont été vendus à des capitaines de navires, quelquefois pour une somme dérisoire, à peine supérieure à 300 euros. Selon un témoignage paru dans The Guardian, les capitaines de navires passeraient même des « commandes » auprès d’intermédiaires en fonction des effectifs dont ils ont besoin. Les navires remplis d’esclaves naviguent dans les eaux internationales au large de la Thaïlande pour y pêcher des poissons non comestibles qui serviront à nourrir les crevettes des fermes d’élevage de CP Foods. Ce système serait toléré de fait par les autorités, notamment par une police corrompue qui travaillerait main dans la main avec les intermédiaires, tandis que l’industrie du poisson serait, d’après The Guardian, largement contrôlée par la mafia locale.

Bien que l’esclavage soit interdit partout dans le monde, l’Organisation internationale du travail (OIT) estime que 21 millions de personnes dans le monde seraient réduites en esclavage. Il y en aurait 500 000 en Thaïlande, dont 300 000 qui travailleraient dans l’industrie du poisson.

Cela milite donc en faveur d’une meilleure traçabilité des produits, même si, de façon concrète, ce n’est pas facile à mettre en place et peut masquer des pratiques de type protectionniste. En effet, le cas de Carrefour est intéressant de ce point de vue puisque le groupe avait réalisé un audit social auprès de CP Foods en 2013 qui n’avait pas permis d’identifier la présence d’esclaves dans la chaîne de production. Suite à la parution des informations par le Guardian, le groupe Carrefour a d’ailleurs décidé de suspendre immédiatement ses achats de crevettes thaïlandaises auprès de CP Foods.

en savoir plus

 

 

Note : Impossible de ne pas réagir à la petite phrase récente de F. Hollande selon laquelle la France serait exemplaire en matière d’écologie.

Pour les seuls sujets qui nous intéressent ici :

– L’eau des rivières et des nappes souterraines continue d’enregistrer des taux record de nitrates, produits essentiellement par l’excès d’engrais azotés. Ce phénomène dope les proliférations d’algues, en particulier sur le littoral envahi par des marées d’ulves.

– La pêche française s’obstine à poursuivre la pratique très controversée du chalutage en eaux profondes. Cette pêche, très minoritaire, est régulièrement défendue par les gouvernements français successifs auprès de la Commission européenne, alors que celle-ci avait fait part dès 2012 de son souhait de la supprimer deux ans plus tard.

En novembre 2014, le Conseil européen des ministres chargés de la pêche a décidé d’accorder à nouveau des quotas de pêche en eau profonde, au grand dam des ONG. En décembre, au moment de fixer cette fois les autorisations de tonnages pour l’ensemble des espèces pêchées dans l’Atlantique, la France comme l’Espagne se sont félicitées d’avoir obtenu des tonnages supérieurs à ce que proposait la Commission européenne. Or celle-ci avance déjà des taux de capture supérieurs à ceux que préconisent les scientifiques (voir post sur les stocks de poissons européens).

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