Mortel et télépathe, le poulpe à ocelles bleues?

Ce petit poulpe (il ne pèse qu’une trentaine de grammes, pour une vingtaine de cm de l’extrémité d’un tentacule à une autre) est considéré comme l’animal le plus venimeux de la planète. Il contiendrait suffisamment de venin pour tuer une trentaine d’humains adultes. Mais qu’en est-il vraiment ?

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Ce poulpe appartient au genre Hapalochlaena dont seule l’espèce H.lunulata est identifiée dans les eaux tropicales. On le trouve du nord de l’Australie à la Papouasie-Nouvelle Guinée. Ce poulpe de petite taille a une livrée brune semée d’ocelles bleues de 6mm de diamètre chez l’adulte et sa teinte varie au gré des circonstances. Les envenimations recensées en Australie font suite au contact, le plus souvent volontaire, avec un poulpe trouvé dans un trou d’eau du rivage et résultent de manipulations de l’animal au cours desquelles son orifice buccal est mis en contact de la peau de la victime. On peut également se faire mordre lorsque le céphalopode est dissimulé dans un coquillage placé au contact de la peau sous une combinaison de plongée. Mais ce qu’il faut noter, c’est que la majorité des envenimations sévères ont lieu dans les eaux froides ou tempérées de Nouvelles-Galles du Sud, d’Australie-Méridionale ou d’Australie-Occidentale et ont été attribuées à des espèces voisines, H. maculosa ou H. fasciata. L’appareil venimeux est composé d’une paire de glandes salivaires postérieures reliées par des canaux extérieurs à la cavité buccale, à laquelle s’abouche également une glande salivaire antérieure. L’inoculation de la salive venimeuse se fait par un bec qui ressemble à celui d’un perroquet à la face ventrale du poulpe. Le venin comprend 2 toxines à tropisme neuromusculaire, la maculotoxine et l’hapalotoxine. La première, la plus puissante, ressemble à la tétrodotoxine. Elle bloque la transmission neuromusculaire ce qui entraine une paralysie flasque de la victime. Ces deux molécules sont thermostables (inutile de chauffer l’endroit de la morsure) et dénuées de propriétés antigéniques (pas de sérum). Le venin contient également de la hyaluronidase, de la tyramine, de l’histamine, de la trymptamine, de la dopamine, de l’octopamine etc…

La morsure concerne le plus souvent la main, parfois le pied ou le tronc ; elle n’entraine presque pas de douleur. L’envenimation se traduit (dans les 10 minutes suivant la morsure) par une sensation de faiblesse et d’engourdissement, débutant à la tête et au cou, accompagnée de picotements du pourtour des lèvres, de sécheresse de la bouche, de nausées, de perte de la motricité des jambes. Peuvent ensuite apparaitre : vomissements, troubles de l’élocution, de la déglutition, de la vision, associés à une gêne respiratoire évoluant vers l’asphyxie. L’évolution mortelle est rare : deux cas répertoriés en 50 ans. Il n’existe pas de sérum antivenimeux et l’utilisation d’antidotes (inhibiteurs de la cholinestérase) est encore expérimentale en Australie.

Retourner le bonnet des poulpes permet de neutraliser l’animal. C’est peut-être ce que font les gamins que l’on voit manipuler les poulpes aux Philippines.

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Le 28 janvier 2015 Jonathan fait une plongée de nuit à Anda (Philippines), plongée pendant laquelle il rencontre un poulpe à ocelles bleues de 3 à 4 cms de diamètre. Débute alors une incroyable séance photographique. Jojo se dit qu’il aimerait bien le photographier en train de chasser. Ce n’est que plus tard qu’il découvre à l’ordinateur une crevette qui se trouvait à porter de tentacules du micro-poulpe. Jusque là rien d’extraordinaire, ce type de découverte est fréquent en macrophotographie sous-marine. Jojo se dit : « Sympa, si tu pouvais bouger un peu sans disparaitre dans un trou… ». Le poulpe s’exécute. « Bouge encore, que je puisse te prendre sous un autre angle ». Le poulpe s’allonge. « ça serait rigolo s’il devenait jaune ». Le poulpe jaunit. « J’aimerais bien faire une photo sur un fond noir, si tu pouvais grimper sur ce corail… ». Le poulpe grimpe sur la butte. « euh, si c ‘était pas trop te demander, bouge pas encore deux minutes que je change de lentille ». Le poulpe s’immobilise.

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36 minutes et 88 photos plus tard, Jojo s’éclipse, il vient de vivre l’une de ses plus troublantes séances de photographie sous-marine. Il se dit que, peut-être, pour la première fois de sa vie, il a véritablement, d’une façon ou d’une autre, communiqué avec son modèle.

Photos et témoignage Jonathan Ternoy.

Guide de la faune marine dangereuse d’Océanie de C. Maillaud et Y. Lefèvre.

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2 commentaires pour Mortel et télépathe, le poulpe à ocelles bleues?

  1. Armelle dit :

    J’ai plongé en Australie, notamment dans la grande barrière de corail, l’été dernier, et c’est vrai qu’on pense forcément à la faune marine dangereuse, mais en même temps si on ne touche à rien, comme on est censé le faire, le risque se limite principalement aux filaments des méduses…En tout cas, faune dangereuse ou pas, pour les yeux c’est un vrai plaisir…quant à arriver à communiquer avec elle, c’est déjà difficile avec les humains, ce serait un merveilleux d’y parvenir aussi facilement avec une autre espèce 😉

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    • vetomarmottes dit :

      L’histoire de Jonathan est troublante…je n’ai pas de raisons de douter de sa bonne foi et, après tout, les blogs sont cet espace de liberté où on peut lire ce qui ne sera jamais publié dans une revue scientifique…

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