Les Premières Nations : dernier rempart contre le réchauffement climatique ?

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Colombie-Britannique (côte ouest du Canada).

Mes filles ont joué avec les branches de kelp sur les plages du Parc de Pacific Rim. Avant cela nous avons longé la côte est de l’île de Vancouver puis prit un bateau de Port Hardy à Prince Ruppert (frontière sud de l’Alaska) par le Canal Intérieur. Nous avons découvert un territoire où terre et mer sont étroitement imbriquées. La côte de Colombie-Britannique n’est qu’une succession de fjords, d’îles, de péninsules, de détroits, de passages…où la forêt pluvieuse tempérée, amendée chaque année par des millions de saumons, surplombe le Pacifique. Un seul regret : ne pas avoir poussé jusqu’à Haïda Gwaï, les îles de la Reine Charlotte, la terre-mère du peuple Haïda…ce sera pour une autre fois. Ce qui me fascine dans cette région du monde, entre autre, ce sont les trois siècles qui séparent la découverte du Nouveau Monde par Colomb et l’exploration de la côte nord-ouest par Vancouver en 1792. Les européens ont mis 300 ans à conquérir l’Amérique du Nord. La côte nord-ouest est donc plus proche de son état « originel », pré-colonisation, de 300 ans, par rapport à la côte est. Si on veut avoir une petite idée de ce que pouvait être ce continent avant l’arrivée des Blancs, c’est là qu’il faut aller.

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Pour contenir le réchauffement climatique en-deçà de la limite des 2°C, il faudrait laisser sous terre un tiers des réserves de pétrole, 80 % des réserves de charbon et la moitié des réserves de gaz naturel (étude récemment publiée dans Nature).

Le Canada cherche désespérément un moyen d’écouler le pétrole issu de ses sables bitumineux d’Alberta (une des méthodes d’extraction la plus polluante au monde). Obama vient d’émettre son véto au projet du gigantesque oléoduc (« Keystone XL ») du Canada au Golf du Mexique (opposition technique sur la forme et non le fond). Un autre projet serait de construire un oléoduc vers l’ouest cette fois-ci, c’est-à-dire vers un terminal pétrolier en Colombie-Britannique (« Enbridge Northern Gateway pipeline »).

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En Avril 2012 trois experts mandatés par le gouvernement canadien débarquent à l’aéroport de Bella Bella au fin fond de la Colombie-Britannique. Bella Bella n’est pas sur le tracé de l’oléoduc mais les eaux de l’Océan Pacifique qui baignent les rives de l’île seraient menacées par les tankers qui viendraient charger leurs cuves en pétrole au terminal de l’oléoduc. Les experts sont là pour les auditions des membres de la tribu Heiltsuk. Ils sont accueillis sur le tarmac par des chants et des danses ; les chefs sont en robes traditionnelles décorées des figures de l’aigle, du saumon ou de l’orque. Les élèves ont travaillé pendant des mois en prévision de ces auditions recensant, depuis l’Exxon Valdez, toutes les marées noires en milieu nordique. Vingt-ans après les stocks de harengs ne se sont toujours pas reconstitués en Alaska. La disparition du saumon (le « sockeye ») menacerait les orques, les dauphins lagénorhynques, les phoques, les lions de mer, les aigles, les ours noirs, les grizzlies, les loups qui, tous, à un moment ou un autre, se nourrissent de saumons…dont les corps fertilisent à leur tour le lichen et les cèdres. Dans la forêt pluvieuse tempérée c’est le saumon qui connecte la rivière à la mer et celle-ci à la forêt (voir l’article « Hells gate ou l’enfer du saumon »). Menacez le saumon et vous menacez tout l’écosystème ainsi que les Heiltsuk, dont la culture ancienne et la vie moderne sont intriquées dans cette toile vivante. Les jeunes de la communauté se sont impliqués comme jamais. Les experts traversent la ville en mini-van, des centaines de résidents tiennent des pancartes « Oil is death », « Keep our Oceans blue »…Un homme tape sur le van. Un repas traditionnel (saumon, hareng, flétan, praires…) leur est préparé.

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En Colombie-Britannique, 80% des terres n’ont pas été cédées aux colons européens (par traité ou suite à un acte de guerre) et sont donc considérées comme appartenant toujours aux tribus originelles.

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Stressés, les visiteurs refusent l’invitation à la fête. Ils annulent toutes les auditions prévues.

La déclaration « Sauver le fleuve Fraser » fut signée en 2011 par 130 Premières Nations. Chef Baptiste, un Xeni Gwet’in membre des Tsilhqot affirma : « nous vivons à la source du Chilko, l’une des plus importantes rivières à saumon, qui dépend du Taseko, le Chilko se jette dans le Chilcotin qui, lui même, est affluent de la Fraser. Voilà pourquoi nous nous sommes tous réunis ici. »

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L’oléoduc, d’Alberta au Pacifique, est sensé traverser mille rivières ou points d’eau. Le réseau hydrographique dessiné par chef Baptiste montre de véritables artères de vie, plus que de simples rivières.

Les experts, malgré une liste de 209 conditions, donnèrent leur feu vert à l’oléoduc. Seules 2 personnes interrogées sur 1000 étaient favorables au projet et 80% des résidents de la province y sont opposés.

Le gouvernement a approuvé l’oléoduc en juin 2014, mais le projet devrait être stoppé en justice par les recours déposés par les Premières Nations.

« This changes everything. Capitalism vs Climate. »2014. Naomi Klein

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