Les dérives de l’éco-tourisme (1)

 

Le « cas d’école » d’Oslob (île de Cebu, Philippines)

Guangzhou (Chine) est le centre mondial du trafic de branchies de raies manta (les grandes branchies y sont vendues 250$ le kilo). Une estimation moyenne de 60 000 kilos de branchies vendues annuellement donne un chiffre d’affaire de 11millions de $. Qui a nagé avec des raies manta ne peut lire ces chiffres, ou regarder certaines photos, sans ressentir de dégoût, mais il faut convaincre et aller plus loin.

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A Kona (Hawaii), chaque manta résidente est connue individuellement ; leur nombre est d’environ 150. Les Centres de plongée de Kona gagnent 3,4 millions de $ par an grâce à l’observation des mantas, donc chaque manta génère, en gros, 23 288$ par an ; ce qui fait, pour une espérance de vie de 40 ans, autour d’un million de $, tout au long de la vie d’une manta et en ne tenant compte que des revenus directs (plongées) et en ignorant les revenus indirects de l’industrie touristique (transports, hôtels, restaurants…).

L’éco-tourisme est donc une solution, mais ce n’est pas forcément la panacée.

Dans les années 1980 les requins-baleines étaient chassés aux Philippines et au moins 627 furent tués en 7 ans dans la mer de Bohol. Le pays fut l’un des premiers à protéger l’espèce en 1998 en interdisant la chasse, la capture, la vente, le transport, l’exportation de requins-baleines morts ou vifs. Les pêcheurs qui utilisaient les crevettes comme appât se rendirent compte qu’elles attiraient les requins-baleines. Ils tentèrent différentes méthodes pour éloigner les requins-baleines mais à Tan-awan ils se rendirent compte qu’ils pouvaient éloigner les requins-baleines des bateaux de pêche en utilisant des crevettes (uyap). Ceci fut exploité par un centre de plongée qui attira ainsi les requins vers ses clients. Le tourisme explose en 2011 après un article du Daily Mail où l’on voit un homme à cheval sur un requin-baleine.

Requin-baleine aux Maldives. Photo : Alain Feulvarc'h

Requin-baleine aux Maldives. Photo : Alain Feulvarc’h

Au début il n’y avait aucune réglementation et l’observation était dangereuse à la fois pour les visiteurs et les requins-baleines. Depuis les choses se sont améliorées et la nourriture, les interactions et les horaires sont encadrées. Il reste cependant un certains nombres de problèmes.

Voici les impacts négatifs de l’observation des requins-baleines à Oslob tels qu’ils ont été relevés par une ONG (Physalus, projet Lamave).

1. Contacts avec les animaux.

Les visiteurs qui ne respectent pas les règles ne sont pas sanctionnés. Le requin-baleine est une espèce protégée aux Philippines et il est interdit de les harceler. Pendant 64 heures d’observation les requins furent touchés activement 1823 fois, la plupart du temps par les nourrisseurs qui tentent de repousser les animaux.

2. Modification de comportement et blessures.

Pour les requins-baleines d’Oslob, bateaux et hommes = nourriture, ce qui présentent un risque pour eux quand ils quittent les aires protégées et s’approchent des bateaux qui chassent les requins. De nombreuses blessures ont été notées autour de la bouche des requins-baleines suite au frottement contre les bateaux. Les nouveaux requins-baleines qui arrivent n’en ont pas et on les observe à partir d’une semaine de présence sur le site (idem pour les lésions de la nageoire dorsale)

3. Changement de migration.

Les requins-baleines sont une espèce qui migre en fonction des saisons et de la richesse des eaux en plancton. Un requin-baleine marqué aux Philippines a été retrouvé à Taïwan. La saison naturelle à Oslob dure 60 jours, cependant le nourrissage par les pêcheurs fixe les requins-baleines sur le site, ainsi en 2013 un requin-baleine est resté à Oslob 392 jours. Cette modification pourrait altérer la reproduction de l’espèce qui dépend de ces cycles migratoires.

4. Equilibre alimentaire

Le plancton naturel d’Oslob comprend 12 espèces différentes d’organismes, alors que la nourriture distribuée par les pêcheurs est souvent de moins bonne qualité nutritionnelle (plancton à partir de 5 espèces uniquement). Les requins-baleines passent beaucoup de temps à poursuivre les bateaux de nourrissage et moins à se nourrir proprement dit.

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