In Cod we trust…

Sur cette planète, dans cette mer, il y avaient des poissons par millions : des morues de deux mètres qui pesaient cent kilos, des huîtres grosses comme une chaussure. A marée basse, on envoyait les enfants capturer des homards, des homards de dix kilos, dont la chair servait comme appât ou bien pour nourrir les cochons…Cette planète c’est la notre, ou plutôt c’était. Nous sommes dans l’est du Canada, sur l’île de Terre-Neuve, à l’embouchure du St-Laurent, entre le 15ème et le 19ème siècle…

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Litanie des chiffres, pour rendre compte du désastre. Pendant longtemps les populations de morues (Gadus morhua) semblèrent infinies. Ce poisson omnivore, opportuniste, vivant une trentaine d’années, dont les plus grandes femelles étaient capables de pondre jusqu’à 9 millions d’oeufs par ponte, cette espèce de 10 millions d’années, semblait capable de résister à tout… Au moment de la ponte les morues se regroupaient par centaines de millions. La technologie de la pêche n’évolua guère entre le 15ème siècle et la fin de la seconde guerre mondiale. On estime qu’entre 1875 et 1945 on captura entre 200 et 300 000 tonnes de morues par an. Ensuite, les nouveaux chalutiers entièrement motorisés devinrent capable de capturer 200 tonnes à l’heure – deux fois plus que ce que pêchait un navire du 16ème siècle en une seule saison – avec des prises accessoires, rejetées à la mer, estimées au tiers du total. En 1968, le pic de capture fut de 810 000 tonnes. Des ichtyologistes ont calculé qu’entre 1647 (arrivée de l’explorateur Cabot dans cette partie du monde) et 1750 (soit sur 25 à 40 générations de morues) huit millions de tonnes de morues du nord furent capturées. Les chalutiers industriels en ont capturé autant en 15 ans (une seule génération). En 1977 le Canada suit l’Islande et étend ses eaux territoriales de 12 à 200 milles nautiques. Les canadiens se sentent rassurer, à l’abri de la voracité des navires étrangers, et relancent ardemment leur propre pêche industrielle, la subventionnant, et continuant même à vendre des droits de pêche aux étrangers. La taille des poissons capturés diminuent, donc leur âge, donc leur efficacité reproductive. En 1988, les stocks s’écroulent, mais les quotas ne sont diminués que de 10%. Les usines de transformation ferment les unes après les autres. Le stock reproducteur (1,6 million de tonnes avant la pêche industrielle) n’est plus que de 130 000. Otawa, aveugle, accorde un quota de 120 000 tonnes en 1992. Une nouvelle estimation montre que le stock n’est plus que de 22 000 tonnes. En juillet 1992, les autorités font ce qu’ils auraient dû faire quatre années plus tôt, ils ferment la pêche pour que les stocks se reconstituent. 35 000 personnes se retrouvent sans emploi.

Aujourd’hui, la morue des Grands Bancs n’est toujours pas « revenue ».

La croissance annuelle de la biomasse est de 5 à 10% par an. A ce rythme, il faudra 80 ans pour atteindre la biomasse de géniteurs de référence de 1 500 000 tonnes.

« Cod » de Mark Kurlanski, Vintage, 1999.

« Ocean’s end » de Colin Woodard, Basic Books, 2000

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