Cousteau : de la légende à la calomnie.

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Le tournage en cours du biopic sur Cousteau (avec Lambert Wilson et Audrey Tautou) est l’occasion de revenir sur l’homme. L’époque n’est pas tendre avec les héros. Histoire d’anticiper sur les rumeurs et mauvais procès intentés au personnage, voilà les principales critiques qui reviennent régulièrement depuis…trente ans.

« Cousteau n’a pas inventé le scaphandre autonome. Il a épousé Simone qui était la fille d’un cadre dirigeant d’Air Liquide qui détenait déjà un brevet de détendeur. »

En gros, c’est vrai.

Avant il existait le modèle Le Prieur, pas pratique (débit continu, réglage manuel…). Cousteau, lorsqu’il épouse Simone Melchior, dont le père est directeur d’Air liquide Japon, rentre en contact avec Emile Gagnan, un ingénieur du groupe. Les deux hommes mettent au point le détendeur à double étage Cousteau-Gagnan.

« Cousteau collabo ».

Pierre-Antoine, son frère, sans aucun doute, mais pas Jacques-Yves qui, pendant la guerre, prendra ses distances avec lui. Après, par contre, il fera « jouer » ses relations pour tenter de le faire sortir de prison. En 1941, Jacques-Yves cambriole, à Sète, des locaux de l’armée italienne pour y dérober des codes secrets : c’est son fait d’arme pendant la guerre. On lui reproche d’avoir projeté son premier film, en avril 1943, « Par dix-huit mètres de fond », au Palais de Chaillot, à Paris, devant la fine fleur de Vichy et de la Kommandantur.

« Cousteau l’Américain », « Cousteau, l’homme d’affaire »

Cousteau est beaucoup mieux connu et plus célébré aux Etats-Unis qu’il ne l’est en France. C’est à partir de l’échec du sous-marin Argyronète en 1973 que Cousteau en voudra aux autorités françaises et se tournera vers l’Amérique.

Il n’a jamais été bon gestionnaire et nombre de ses projets, comme les parcs océaniques Cousteau, à Paris et ailleurs, sont des échecs. Cousteau était contre le sponsoring (un drapeau Guiness sur la Calypso) mais pour le mécénat (Guiness lui offre en 1950 un ancien dragueur de mines qui deviendra la Calypso) et la promotion (Guiness s’offre dans les journaux des pages pour dire « j’ai financé le navire de Cousteau »). Cousteau se plaint que ces deux derniers types de soutien soient rares en France contrairement aux Etats-Unis. Mais, selon les américains eux-mêmes (Turner Broadcasting), les expéditions et les films Cousteau coûtent une fortune (5 à 10 fois plus cher que ceux du National Geographic).

Suite à l’invention du détendeur à double étage, Air liquide crée Spirotechnique (US Divers aux Etats-Unis) qui deviendra Aqua-Lung, dont Cousteau touche 5% de royalties sur le chiffre d’affaire. On reprochera au pacifiste de s’enrichir grâce à une société qui équipe la plupart des armées du monde.

Cousteau, parfois très critique vis à vis de la France, a été soutenu par les pouvoirs publics (les coûts des essais de la Calypso II pris en charge par le Ministère de la Défense).

« Cousteau a laissé polluer les calanques de Marseille »

L’usine d’Alteo produit depuis 1893 de l’alumine à partir de la bauxite, selon le procédé Bayer de dissolution de l’alumine par de la soude. Depuis 1966, l’usine de Gardanne bénéficie du droit de rejeter les résidus du traitement de la bauxite « à une profondeur de 230 m dans le canyon de Cassidaigne, au large des calanques ».

Le site a été choisi par Cousteau lui-même. L’ingénieur André Laban participait à la mission en soucoupe avec Falco, il raconte : « …mes images montraient qu’il y avait encore des animaux vivants autour du « dégueuloir » à 300m de profondeur. Cela ne prouvait rien, mais elles suffisaient à Pechiney pour affirmer que leurs boues étaient propres dans une émission à la télé... » Laban replonge au même endroit quelques années plus tard pour la société GO International : « J’ai été littéralement englué par cette boue purulente. J’ai eu toutes les peines du monde à m’en sortir. Je n’ai pas vu de faune…depuis, je m’en veux d’avoir cautionné Pechiney avec mes prises de vues. »

Pechiney fera partie du comité de soutien de Cousteau pour la fabrication de son épée d’académicien.

Plus d’info ici

« Cousteau n’a jamais été un scientifique ».

En effet.

Et alors, a-t-on envie d’ajouter ? C’était un marin, un plongeur courageux, un inventeur, un explorateur, un vulgarisateur. Ce n’est déjà pas si mal ! Il a sans doute fait plus pour la connaissance du milieu marin que tous nos océanographes réunis. De nombreux projets, comme les maisons sous le mer, ont échoué, mais n’est ce pas le lot de tous les novateurs ? Parmi ses plus grosses réussites dans la protection de l’environnement on lui doit, sans doute, pour partie, le traité de l’Antarctique, qui a permis, jusqu’à aujourd’hui, de protéger ce continent de toute exploitation pétrolière et minière et aussi, en final (après quelques mois d’atermoiements), sa lutte contre le rejet en pleine mer des déchets nucléaires.

Que restera t-il de Cousteau?

Pas ses écrits. On trouve dans « L’homme, la pieuvre et l’orchidée » des pages brulantes d’actualité sur la gestion des déchets nucléaires, par contre, dans « Le monde du silence » on peut lire des pages entières racontant des chasses aux requins et aux dauphins, à la carabine ou au harpon, qui font que, en l’état, aujourd’hui, ce ne serait pas re-édité.

Sans doute, par delà les polémiques, le plus bel héritage de Cousteau, ce sont ces millions d’enfants qui ont suivi les aventures de la Calypso et qui, aujourd’hui, plongent, aiment et respectent l’Océan. Un héritage immortel et qui n’a pas de prix…

« L’homme, la pieuvre et l’orchidée » J-Y Cousteau, 1997.

« Cousteau, une biographie » B. Violet, 1993.

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15 commentaires pour Cousteau : de la légende à la calomnie.

  1. Franck Machu dit :

    D’un fond d’information on tisse une histoire réinventée. C’est tellement souvent le cas à propos de Cousteau. Les articles approximatifs nourrissent d’autres articles approximatifs.

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  2. vetomarmottes dit :

    Merci Franck de m’avoir lu. As-tu des références pour contredire ou confirmer des points précédents?

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    • Franck Machu dit :

      Je me base sur 12 ans de recherche, de collecte d’archives et de témoignages, que j’ai pris la peine de rassembler dans 2 livres. Mais je ne suis pas ici pour faire ma promo.
      Ce ne sont pas les affirmations données qui sont fausses, ce sont celles qui ne sont pas données qui manquent cruellement, Leur absence donnent une image biaisée de ce qu’était Cousteau.
      Ce serait comme vouloir décrire Marseille en parlant de ses quartiers Nord. Si l’on ne parle pas du Vieux Port, de sa baie parmi les plus belles du monde, et de ses calanques, on se dit pas ce qu’est Marseille.

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  3. vetomarmottes dit :

    Ok, je viens de commander ton bouquin…

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    • Franck Machu dit :

      C’était pas le but recherché mais je ne peux que saluer l’ouverture d’esprit.
      Celui-ci est le plus recommandé :

      Je ne sais pas si un lien Facebook peut fonctionner.
      L’autre est un condensé.

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  4. vetomarmottes dit :

    Mais celui – la ne parle que des films, non?

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    • Franck Machu dit :

      Il parle de tout le parcours de Cousteau. Cousteau tenait son journal en faisant des films de ses travaux, de ses expériences, de ses missions. Connaître ses films, c’est connaître tout ce qu’il a fait. Je pense immodestement que c’est le livre le plus complet qui existe sur Cousteau. Et Lambert Wilson s’en est laissé convaincre par tous les anciens de l’équipe Cousteau qui l’ont lu et qui étaient présent à leur rassemblement annuel le 13 juin à Marseille.

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  5. vetomarmottes dit :

    Si tu n’éludes pas les sujets qui fâchent…

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    • Franck Machu dit :

      Je n’évite aucun sujet qui fâche. Bien au contraire. Je démontrent que pour la plupart les reproches ou les polémiques sont absurdes, témoignages et preuves à l’appui. Mais ce n’est pas une hagiographie pour autant…

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  6. Franck Machu dit :

    Dire par exemple que Cousteau n’était pas un scientifique, c’est comme dire que Haroun Tazieff n’était pas un alpiniste, que Alain Bombard n’était pas un skipper, ou que Zinedine Zidane n’est pas professeur d’éducation physique. C’est l’art de polémiquer pour le plaisir de nuire.
    Mais je peux pas résumer Cousteau à quelques lignes alors qu’il m’a fallu 10 ans pour en retracer l’œuvre.

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  7. vetomarmottes dit :

    http://forum-photosub.fr/forum/viewtopic.php?f=3&t=12888
    Un petit clip à cette adresse. Avec la meilleure volonté du monde, « Le monde du silence » n’est plus regardable aujourd’hui, sauf à y trouver un intérêt « historique »…

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  8. fned dit :

    Un avis purement subjectif, donc pas la peine de me demander justifications ou references : Cousteau dans ses « reportages » s’adressait a son public essentiellement sur le plan de l’emotionel voire des tripes. Son penchant pour le melodrame pouvait etre lassant a la longue, et donner l’impression qu’il prenait son public de haut: si lui meme etait un chef, capable de raison, il ne demandait pas a la masse de penser mais seulement de s’emouvoir dans le sens qu’il voulait impulser. C’etait une facon d’etre finalement plus compatible avec le mode nord-americain, que l’esprit des lumieres.

    Notons par ailleurs qu’il y a deja une tres bonne comedie en hommage a Cousteau « La vie aquatique ».

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  9. lebreton dit :

    Bonjour
    je viens de lire, ces quelques témoignages qui dates.(pardonnez ce déterrage)

    Polémiques…!? Quelque soit l’homme un tant soit peu placé sous le regard de ses contemporains ou à titre posthume, déclenche inévitablement la polémique, c’est ainsi et Cousteau ne faillit pas à la règle, il n’y a que celui qui ne fait rien qui échappe à celle-ci!
    Cousteau lui à tant fait, alors forcément….
    Personnellement je suis de cette génération, qui à rêvé devant mon petit écran en regardant les aventure du Commandant de son navire et bien sur de son équipage..je buvais ses paroles sans réfléchir, je n’étais qu’un enfant.
    Alors aujourd’hui je ne vais pas vous faire un long exposé, pour vous faire comprendre à qui je dois cet amour de la mer, de la plongée, d’ou me viens le respect de ce milieu et parfois l’envie d’en faire un peu plus pour le protéger, si cela fait parti de moi, c’est à Jacques Yves Cousteau que je le dois, c’est à lui que je pense à chaque unes de mes immersions et certainement légion de plongeur sont comme moi.
    Laissons les polémiques de coté et soyons fier de cet héritage, en tous les cas MOI ! je le suis.
    Je profite de ce message pour t’adresser mon bonjour Franck, nous avons plongés ensemble (CNR) , perso.. j’ignorai ces polémiques, je ne voyais pas l’utilité d’acheter ton livre, mais je pense réparer cela afin d’avoir le bon éclairage de l’homme Cousteau.
    Cdt, Marc:.

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