Pour Marcel Hérubel

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Dans le Pacifique, de la Papouasie à Hawaii, les peuples insulaires ont depuis très longtemps mis en défens certaines parties du récif pour les protéger de la pêche. C’était le plus souvent provisoire avec, parfois, comme à Hawaii, des peines pouvant aller jusqu’à la mort pour les contrevenants.

En Europe, l’intérêt de créer des Aires Marines Protégées (AMP) est né en France, à la fin du XVIIIème siècle, mais n’a été formalisé qu’un siècle plus tard, par Hérubel, suite à des expérimentations. A Marseille, par exemple, le chalut a été interdit de 1793 à 1830 ; à la reprise, les résultats furent considérés comme relevant du miracle.

Ecoutons Marcel Hérubel :

« …Choisissez un lieu qui est à la fois un site de reproduction et un endroit ou les adultes ont l’habitude de se regrouper ; délimiter le, faites connaître ces limites, décréter que la pêche y est interdite et vous aurez une réserve où les poissons vont se multiplier et grossir, un stock ou plutôt un cantonnement. L’utilité de ces réserves est prouvée par l’expérience…Doivent-elles être provisoires ou permanentes ? Evidemment la réserve idéale, considérée comme un stock d’animaux, est par définition un asile inviolable où la vie est assurée aussi bien aux adultes reproducteurs qu’aux jeunes ; une nurserie géante, un centre de production, où les individus en surplus chassés par la compétition vont s’éparpiller dans toutes les directions. Ayons plein de réserves, permanentes quand c’est possible et temporaires dans tous les autres cas. »

Hérubel a théorisé l’intérêt des AMP 70 ans avant la publication du premier article scientifique sur le sujet. Son travail a longtemps été oublié, les scientifiques ré-inventant ces principes une nouvelle fois ! Les AMP contribuent doublement à la richesse des pêcheries : elles protègent les poissons qui vivent plus longtemps, grossissent plus et surtout se reproduisent plus. Par exemple, une seule femelle de vivaneau campêche de 61 cms de long produit autant d’œufs que 212 femelles de 43 cms de long. Les œufs, les larves se répandent en dehors des réserves, recolonisant des fonds désertés. Deuxième avantage : quand la densité à l’intérieur de la réserve augmente, des poissons vont migrer et peupler des zones de pêche. Finalement, Hérubel suggère de créer un réseau de réserves tout au long des côtes et en mer, ce qui est la base même de la théorie moderne de la gestion des AMP !

Il condamne aussi, il y a un siècle (!), les méthodes de pêche jugées trop destructrices, comme la pêche à la crevette au chalut.

Marcel Hérubel était un scientifique visionnaire.

Si nous l’avions écouté nous n’en serions pas là aujourd’hui…

Ce n’est pas moi qui le dit mais les plus grands spécialistes des pêches : Callum Roberts, Daniel Pauly…

Source : « The unnatural history of the sea » Callum Roberts, Island Press, 2007.

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