Polémique sur la Sixième extinction

La Sixième Extinction serait un mythe. Les arguments de Brand sont repris par O. Postel-Vinay sur Libération, puis dans Books (n°73, février 2016).

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La réponse du Cri du Poulpe :

Il ne suffit pas d’être contre une idée dominante pour être pertinent…

La principale « tricherie » du texte est de faire croire que puisque la disparition d’espèces marines a été peu documentée ces espèces ne sont pas menacées. Les articles qui démontrent l’effondrement des populations de poissons sont foison (par exemple : Myers et Worm, 2003, Rapid worlwide depletion of predatory fish communities, dans Nature ou Mullon, Fréon, Cury, 2005, The dynamics of collapse in world fisheries, Fish and Fisheries etc…). Les poissons n’ont pas disparu, il en reste…un peu. L’auteur joue sur les mots. Contrairement à ce qu’il dit, le problème est général et extrêmement difficile à résoudre.

Brand affirme que la biodiversité augmente puisque l’on découvre tous les jours de nouvelles espèces. Quel est le rapport ? Il ne s’agit pas de l’apparition de nouvelles espèces mais simplement de la description d’espèces qui nous étaient « cachées ». Un enfant de douze ans comprendrait que cet ajout (grâce aux avancées de la systématique) ne laisse absolument rien présager de la santé des populations de toutes les espèces. Le leitmotiv de Brand : « tout va bien car il en reste encore ». Comme cet homme qui tombe d’un immeuble et qui, imperturbable, tout au long de sa chute et des étages, tempère : « pour l’instant tout va bien ». Selon Brand, les espèces marines sont moins menacées que les espèces terrestres : en quoi est-ce rassurant ?

De même, sur l’importance des Aires Marines Protégées. Tout n’est pas perdu puisqu’il y en a de plus en plus : 3% de la surface des mers. L’objectif est pourtant de 10% pour 2020 reconnaît l’auteur ; où est donc le sujet de réjouissance ? D’autant que la plupart des experts préconisent 20%, et Callum Roberts, 30%. On est donc très loin du compte.

L’auteur fait la liste des actions de conservation. Très bien, mais quel est le rapport avec la menace des extinctions qui est toujours réelle ? Sur la morue, ce serait presque comique si ce n’était dramatique. Au Canada, en 1992, 35000 personnes se sont retrouvées au chômage à la fermeture de la pêche. Pour Brand, elle n’a pas disparu puisqu’il en reste en Norvège. Les pêcheurs de Terre-Neuve seront rassurés…25 ans après l’arrêt de la pêche les populations de l’Atlantique nord-ouest ne se sont toujours pas reconstituées.

L’extinction d’une espèce de poissons ne sera jamais démontrée puisque l’on ne pourra jamais être totalement certain qu’il n’en reste pas un exemplaire quelque part, donc Brand aura toujours raison.

L’intitulé des sujets de recherche de Brand (faire « ressusciter » le pigeon voyageur et le mammouth laineux) suffit à le discréditer : aucun biologiste de la conservation sérieux estime qu’il faut investir du temps, de l’argent et de l’espace dans ce type de projet ; il y a trop à faire avec les espèces que nous pouvons encore sauver.

 

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2 commentaires pour Polémique sur la Sixième extinction

  1. MOURIER dit :

    Je suis moi aussi choqué par le manque de pertinence des arguments de Stewart Brand:
    en plus des points développés ci dessus, je m’attarderais sur les passages suivants:
    -« Sur le million et demi d’espèces identifiées, dont 79837 ont été étudiées (…), quelque 23250 sont jugées menacées ». Pour ma part, je trouve cela inquiétant: cela fait 30% d’espèces menacées sur les espèces connues. Qui nous empêche d’extrapoler cette proportion aux 1,5 millions d’espèces?
    _ » Les 5 précédentes extinctions ont éliminés 70% des espèces en un laps de temps relativement court »: c’est à dire? A ma connaissance, ce temps court est en général de l’ordre de plusieurs siècles ou millénaires et non de quelques années, comme il semble le dire!
    _ enfin, il fait l’apologie du réchauffement climatique en terme d’augmentation de la biodiversité et « s’il faut en passer par des mesures radicales pour l’enrayer, elles seront prises à ce moment là ». D’une part, j’aimerais connaître la nature des mesures radicales à mettre en oeuvre, d’autre part, je pense qu’il sera trop tard pour enrayer l’inertie du réchauffement climatique à moins de pulvériser des particules dans l’atmosphère comme le préconise la géoingénérie. Méthode dont on ignore toutes les conséquences !
    Par ailleurs, l’auteur est quelque peu contradictoire puisque, excluant l’idée d’une extinction de masse, il se féliciterait presque qu’elle ait lieu, puisqu »‘il y avait beaucoup plus d’espèces vivantes après ces extinctions, que après ». La seule question que je lui poserais: dans quel laps de temps la biodiversité est-elle réapparue après ces crises? S’il donnait la réponse, nous serions pris d’un vertige!

    Alors, oui, vive le réchauffement climatique !

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  2. vetomarmottes dit :

    Merci pour ce complément!

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