Questions sur la pêche (1):

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Faut-il privatiser les ressources marines ?

Dans les années soixante l’instauration des Zones Economiques Exclusives (ZEE1) et des quotas n’a pas protégé les poissons mais favorisé la compétition entre pêcheurs ceux-ci se lançant dans une course effrénée vers le suréquipement pour capturer la plus grande proportion des captures autorisées (TAC = Total Admissible de capture). La restriction des méthodes et des engins, le raccourcissement de la saison de pêche, la fermeture de certaines zones, la limitation du nombre de bateaux n’ont pas eu plus de succès, les pêcheurs trouvant toujours une solution pour exploiter d’avantage la ressource. Si le nombre de bateaux est, par exemple, limité, ils utilisent des bateaux plus grands. Si la taille est restreinte, ils prennent des bateaux plus puissants. Pour limiter cette course aux poissons l’une des solutions c’est la privatisation de la ressource. Des droits de propriété sur la ressource sont accordés à des individus ou des communautés. On ne cherche plus à pêcher plus que son voisin mais à gérer son propre quota individuel (QI). L’Australie, l’Islande et la Nouvelle-Zélande ont adopté ce système dans les années 80. Les quotas sont achetables, vendables ou transférables (QIT). Aujourd’hui une vingtaine de pays utilise ce système qui favorise une pêche plus durable. Pour limiter les risques de monopole, en Alaska par exemple, aucun bateau, pour la pêche au flétan, ne peut détenir plus de 0,5% des captures totales. La mise en place et le contrôle de ce système sont onéreux.

LES QIP ou IFQ en anglais.

L’un des outils utilisés pour gérer les ressources halieutiques est l’IFQ (Individual Fishing Quotas = quotas de pêche individuels).

Comment ça marche ?

En Alaska, les pêcheurs de flétans, en s’inspirant du modèle néo-zélandais, se sont partagés, en pourcentage, le total de prises autorisées, plutôt qu’une certaine quantité de poissons.

Qu’est ce que ça a changé ?

Avant, des milliers de bateaux se ruaient sur les flétans pendant les 48 heures de l’ouverture, quelque soit le temps, jour et nuit ; des hommes étaient perdus en mer ; le matériel de pêche accroché au fond était abandonné et continuait à capturer, pour rien, des poissons pendant des années. Cette « pêche fantôme » a été réduite de 75% avec les IFQ. Maintenant la pêche dure 9 mois et les poissons sont vendus frais, ils sont de meilleure qualité pour les consommateurs et rapportent plus d’argent aux pêcheurs qui choisissent les meilleures conditions météo et économiques pour pêcher. Les pêcheurs deviennent plus des hommes d’affaire, adaptant leurs investissements à la taille de leur IFQ, plutôt que de se battre pour attraper le plus de poissons possibles. Ils s’inquiètent de la survie au long terme des populations de poissons et pas uniquement de leur prochaine campagne ; c’est un changement d’état d’esprit.

 

Qu’est-ce que l’approche écosystémique ?

C’est la prise en compte de l’ensemble des interactions biologiques au sein d’un écosystème pour la détermination des quotas de pêche : relations proies-prédateurs, compétitions inter-spécifiques pour l’accès à la nourriture, impact de la pêche sur les espèces non-ciblées, altération des fonds marins par les engins de pêche etc. Cette approche est appliquée, par exemple, en Australie, au Canada, aux Etats-Unis et en Antarctique.

Diminution de la surpêche : quels sont les meilleurs élèves ?

En 2009, quatre chercheurs ont publié dans Nature une analyse de la gestion des pêcheries dans 53 pays (96% des captures mondiales). Seuls six ont un score de conformité supérieur à 60% par rapport aux objectifs d’une pêche responsable : la Norvège, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, l’Islande et la Namibie. La France se classe seizième. Certains pays en développement comme la Malaisie, l’Afrique du Sud et la Namibie font mieux que des pays européens développés. Les Etats-Unis sont le seul pays à avoir formellement défini la surpêche et à voter des lois strictes l’interdisant (« Sustainable Fisheries Act ») : aujourd’hui deux-tiers des stocks sont exploités durablement (un stock sur cinq est encore surexploité).

En Europe, neuf stocks sur dix sont surpêchés, un tiers d’entre eux sont en dessous de la limite biologique de sécurité. Seuls certains stocks comme ceux de la plie, la sole, l’églefin, le merlan et le lieu noir se sont améliorés.

Au niveau mondial, l’un des problèmes majeurs est le déplacement des flottilles du Nord vers le Sud, conséquence délétère des efforts pour restaurer les stocks épuisés dans les pays développés.

Source : « De la pêche à l’aquaculture » de Fabrice Teletchea, 2016 Belin.

1La ZEE se prolonge jusqu’à 200 miles nautiques des côtes, elle confère aux états côtiers des droits souverains sur l’exploitation, la conservation et la gestion des ressources naturelles dans leur ZEE. Les ZEE recouvrent 40% de la surface des océans et contribuent à 85% des captures marines mondiales. La France possède, grâce à ses territoires d’Outre-Mer, la deuxième ZEE dans le monde, après celle des Etats-Unis.

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