Le cerveau des dauphins

Lori Marino est neurologiste, elle est sans doute, sur Terre, la personne qui connaît le mieux le cerveau des dauphins.
Louis Herman est psychologue à l’université de Hawaii, il est spécialiste de la cognition des dauphins.
Prenons le système limbique, « le cerveau ancien », siège des émotions, de la mémoire et de l’odorat. Les dauphins utilisent très peu leur odorat, l’hippocampe est donc restreint, par contre, le système paralimbique est hypertrophié comme chez aucun autre mammifère, ce qui laisse supposer qu’ils traitent de façon extrêmement sophistiquée leurs émotions. Herman a montré qu’ils comprennent que la télévision est une représentation de la réalité, ils se souviennent des objets, des lieux, des instructions, ce sont des imitateurs doués, quand un dresseur lève une jambe et demande au dauphin de faire pareil il lève sa queue : rien de tout cela n’est simple ou évident. Marino et Herman sont étonnés tous les deux par la vivacité, la rapidité des dauphins « comme si nous vivions dans un autre univers temporel ». Grâce à l’eau dans lesquels ils vivent et qui est toujours en mouvement ? Marino dit en rigolant : « Ils sont toujours en avance sur vous, ils sont plus rapides en tout, parfois vous avez l’impression qu’ils sont impatients parce qu’ils doivent traiter avec nous qui ne sommes que des trainards ! »

D’après elle, le plus étonnant, chez eux, est que le néocortex – la partie la plus récemment évolué du cerveau mammalien, celle qui nous permet de faire des choses complexes, comme raisonner, utiliser nos sens, avoir une pensée consciente, socialiser – est très original. Chez l’homme, il représente 80% du volume cérébral ; chez tous les mammifères il est composé de couches (six chez nous). Par contre, les dauphins et les baleines n’en ont que cinq, il manque le niveau quatre, or ce niveau, chez les primates, est celui où toutes les infos des parties inférieures du cerveau arrivent dans le néocortex et sont intégrées. Comme une gare de triage. Sans niveau 4, par où arrivent les infos ? On n’en sait rien. On sait simplement que ça se fait de façon radicalement différente.
Les neurologistes sont également intrigués par les neurones VENs (Von Economo Neurons spindle cells, « les neurones de la conscience de soi », nommés ainsi en honneur du neurologue Constantin von Economo qui les a décrits la première fois). On retrouve ces VENs chez l’homme et les dauphins (ainsi que chez les éléphants, les baleines et les grands singes), dans les zones responsables des fonctions complexes comme le jugement, l’intuition ou la conscience.
Les VENs sont un peu des neurones superstars, ils interviennent dans l’intégration sociale, le jugement, l’empathie, la modulation des émotions, notre capacité à faire confiance, jouer et aimer.
Les dauphins et les baleines en ont trois fois plus que nous.
Marino pense que les VENs sont une adaptation des « gros cerveaux » permettant l’intégration à grande vitesse d’un flux important d’informations.

Ce qui semble nécessiter le plus d’ingénierie neuronale est de garder la trace de la multiplicité des interactions sociales, chez nous, comme chez les dauphins : « qui a été gentil avec votre grand-mère mais apparenté au gars qui a volé la petite amie de votre frère ? » Garder en mémoire le réseau d’interactions entre des centaines d’individus est un défi, pour nous, comme pour les dauphins. Cela nécessite de la mémoire, du jugement et de l’habileté à communiquer. Il semblerait que l’intégration sociale des dauphins soit bien supérieure à la notre. Ça pourrait expliquer les échouages de masse alors que seulement un ou deux dauphins sont malades ou qu’ils se laissent capturer par l’homme, dans des baies, sans essayer de sauter par dessus les filets.
Cette cohésion sociale, cet attachement émotionnel extrême, expliquerait bien des comportements étranges.
Marino : « Je pense qu’il y a, chez eux, un sens très fort que si quelque chose arrive au groupe cela vous arrive à vous. La différenciation n’est pas si grande entre le soi et l’autre ».
La conscience delphinesque, son instinct de survie, s’étendrait aux autres membres du groupe, bien au delà de la simple empathie, dans une existence partagée que nous avons bien du mal à appréhender.

Merci à Susan Casey, « Voices in the ocean » !

 

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