Plonger avec les céphalopodes

Les céphalopodes – avec les mammifères marins et les raies manta – sont parmi les rares espèces avec lesquelles on peut espérer avoir une vraie interaction en plongée, avoir un vrai contact.
Les céphalopodes comprennent les poulpes (= pieuvres, 300 espèces, de 2 cms à 6 mètres, d’une extrémité d’un tentacule à une autre pour la pieuvre géante du Pacifique), les seiches (120 espèces), les calamars (300 espèces) et les nautiles (28 espèces).
Qu’ont en commun toutes ces espèces ? Pourquoi sont-elles si particulières ?
Les céphalopodes ont un sang bleu, trois cœurs, une bouche avec un bec et huit bras autour de la bouche (seiches et calmars ont, en plus, deux tentacules). Ils ont un cerveau gros et complexe (avec une partie dans chacun des bras). Ils peuvent résoudre des problèmes, se servir d’outils, se doter d’une habitation mobile. En captivité on a vu des poulpes provoquer des courts-circuits : ils éteignaient les lumières en envoyant des jets d’eau au plafond sur les ampoules électriques.

Plonger avec des seiches :

Petit rappel de morphologie : Elles ont 8 bras et 2 tentacules (invisibles au repos). Au repos les 8 bras d’une seiche pendent vers l’avant et se ressemblent tous. Les bras sont numérotés de 1 à 4, à gauche et à droite. En partant du haut, on trouve le bras gauche n°1 et le bras droit n°1. Vu de face, ce sont les bras « internes ». En allant vers l’extérieur, on trouve le bras gauche n°2 et le bras droit n°2, puis la troisième paire, et enfin la quatrième.
Chez les seiches géantes (qui peuvent faire jusqu’à 1 mètre), la quatrième paire est plus grosse chez les mâles que chez les femelles.
Les seiches sont capables d’afficher sur leur corps des couleurs absolument extraordinaires. Couleurs qui sont variables d’un individu à l’autre et fonction de l’humeur de l’animal.

La seiche témoigne en général une « amicale curiosité ». Il faut prendre son temps. Elle maintient une distance de sécurité, distance qui peut se réduire à 50 cms au bout d’un certain temps ; on approche alors une main sans la toucher, la seiche peut ensuite allonger un bras pour toucher le votre mais, en général, c’est une tentative unique.
Parfois, mais c’est rare, la seiche peut être agressive : on assiste alors à un tournoiement de bras, à un feu d’artifice de couleurs chaudes, replis de peau hérissés, bras dressés, elle peut charger mais ne va pas au contact. Si vous l’imitez ça la calme rapidement et permet une approche. La seiche peut également vous témoigner sa plus profonde indifférence, vous semblez ne pas exister pour elle.

Répertoire agressif :
Les mâles aplatissent souvent leurs quatrièmes bras comme de larges lames.
Autre geste agressif : dresser la première paire de bras comme des cornes. Elles peuvent aussi avoir la forme de crosses de fougère, de crochets ou de massue.
Parfois le déploiement est « étagé » : paire 1, toute dressée ; paire 2, comme des cornes avec l’extrémité enroulée ; paire 3, juste en dessous ; paire 4, aplatie, massive.

Plonger avec des poulpes :

A quoi s’attendre ?
Il est possible de les suivre en gardant ses distances. Ils font un parcours à l’itinéraire tortueux qui les ramène en général à leur tanière. Ils accordent une grande attention aux objets qu’ils rencontrent pour la première fois.
Ils vous regardent attentivement en gardant leurs distances.
Les poulpes sont plus entreprenants que les seiches : ils tendent un bras à partir de leur trou pour vous explorer (il y a des centaines de capteurs chimiques sur chaque ventouse), les poulpes vous « goûtent », puis tentent de vous tirer dans leur repère.

Les « histoires extraordinaires » :

Matt, qui a décrit l’une des Octopolis (une « ville » de poulpes) : un poulpe, une fois, lui a attrapé la main et lui a fait faire « un petit tour du propriétaire », la balade a duré dix minutes et s’est terminé devant la tanière du poulpe.
En captivité. Racontée par Jean Boal (Université de Millersville). Les poulpes adorent les crabes mais en captivité ils sont souvent nourris avec des crevettes et des calmars décongelés. Un jour, Boal était en train de parcourir une rangée de réservoirs distribuant du calmar décongelé. Au bout de la rangée elle fait demi-tour et voit que le poulpe du premier réservoir semble l’attendre. Il n’a pas mangé son calmar et le tient bien en évidence. Le poulpe, sans la quitter des yeux, se dirige vers le siphon d’évacuation et y laisse tomber le morceau de calmar.

On ne sort pas un poulpe de force de son trou : ça n’a aucun intérêt pour vous…et encore moins pour le poulpe.

Seule espèce véritablement dangereuse (à part le poulpe à ocelles bleues ou Blue-Ring Octopus détaillé ici : https://cridupoulpe.wordpress.com/2015/02/18/mortel-et-telepathe-le-poulpe-a-ocelles-bleues/ ) : le calamar de Humboldt, au large du Chili. En plongée de nuit, de nombreux plongeurs photographes et cinéastes ont été attaqués et mordus, inutile de préciser que l’on sait très peu de choses sur cette espèce…Disons que ça ne se bouscule pas au portillon pour l’étudier…

 

 

 

« Le prince des profondeurs » de Peter Godfrey-Smith Flammarion 2018, (« Other minds : the octopus, the sea, and the deep origins of consciousness », 2016

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