CEPHALOPOLIS « Ce que c’est qu’être une pieuvre… »

A quoi peut ressembler l’expérience subjective d’un poulpe ?

Nous avons exploré dans Humuhumunukunukuapua’a (1) et (2) (http://forum-photosub.fr/forum/viewtopic.php?f=101&t=15954) l’umwelt des poissons, c’est à dire ce qu’ils ressentent, leur univers sensoriel, nous allons maintenant faire la même chose avec les pieuvres.
Un poulpe commun possède 500 millions de neurones. C’est beaucoup. Beaucoup moins que nous, mais autant qu’un chien par exemple et sans équivalent, en tout cas, parmi les invertébrés.
Les poulpes sont limités par leur vie très courte (un an ou deux, comme les seiches ; quatre ans pour le poulpe géant du Pacifique).
Il y a 2 fois plus de neurones dans les bras que dans le cerveau central. Les bras touchent, sentent et goûtent. En gros, il y a un contrôle centralisé du mouvement global du bras (par la vue) et un réglage précis du mouvement par le bras lui-même.
Les poulpes ne sont pas très sociables et il semblerait que ce soit la chasse et la fuite des prédateurs qui aient fait émerger chez eux une certaine intelligence ou bien la nécessité de coordonner un corps complexe à plusieurs bras. Le poulpe serait l’illustration d’un mouvement théorique en psychologie intitulé la « cognition incarnée » (« embodiment ») : c’est le corps lui-même, plutôt que notre cerveau, qui serait responsable d’une partie de notre intelligence.
Les poulpes ont opté pour une délégation partielle d’autonomie à leurs bras. Pour le poulpe, les bras sont partiellement soi mais, pour son cerveau central, ils sont en partie non-soi, des agents à leur propre compte. Si vous essayez de prendre un objet avec votre main et qu’au dernier moment l’objet bouge, votre mouvement va changer aussi, sans que vous en ayez conscience, c’est un peu la même chose chez le poulpe. Le cerveau central est le chef d’orchestre, mais les joueurs qu’il dirige (les bras) sont des jazzmen enclins à l’improvisation et ne tolèrent sa direction que jusqu’à un certain point.
Mais pourquoi, bon sang, une vie si courte ? Sa vulnérabilité (c’est un mollusque sans coquille) conditionne son espérance de vie. L’évolution a privilégié, chez lui, la ruse et le camouflage, mais sa vie c’est le risque continuel de ne pas survivre jusqu’au lendemain.
Il y a une exception.
Au moins.
En 2007, à 1600 mètres de fond, les chercheurs de Monterey Bay ont trouvé une femelle de l’espèce Granaledone boreopacifica accrochée à la paroi, elle protégeait sa couvée, ils sont venus la voir tous les mois…pendant quatre ans et demi ! La plus longue incubation du règne animal. Si le rapport couvaison/durée de vie est le même que pour les autres poulpes, il pourrait vivre 16 ans.

« Le prince des profondeurs » de Peter Godfrey-Smith Flammarion 2018, (« Other minds : the octopus, the sea, and the deep origins of consciousness », 2016)

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