Lesser Sunda (Komodo 3)


Cet archipel, de Bali à Timor (Timor Leste), couvre 45 millions d’hectares.
Le courant, du Pacifique vers l’Océan Indien, pendant les marées, est l’un des plus forts du monde (le Pacifique est plus haut que l’Océan Indien). Les côtes sud des îles sont une région d’up-welling : les eaux riches en nutriments qui remontent du fond attirent de nombreuses espèces pélagiques.
On y dénombre 21 espèces de mammifères marins.
En 2011, The Nature Conservancy (TNC) avec le Ministère des Affaires Maritimes et de la Pêche a publié un plan pour un réseau d’Aires Marines Protégées (AMP) dans cette région. Ce plan intégrerait 37 AMP existantes avec 19 en projet et 44 autres qui nécessitent une protection.

Un partenariat a été établi entre Wildlife Conservation Society (WCS) et les gouvernements locaux de la Province de West Nusa Tenggara. Entre Bali et Komodo NP (National Park) il y a deux grandes îles, Lombok et Sumbawa, et le réseau d’AMP y souffre d’un manque effectif de gestion. Selon WCS, les agences gouvernementales et les communautés locales seraient favorables à l’augmentation des AMP. WCS a aidé, entre autre, à la mise en place d’une pêche aux langoustes plus durable et qui rapporte plus aux pêcheurs

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Indonésie (Komodo 2)

Dans ce pays les ressources marines représentent 25% du PIB et emploient 7,5% de la population. Plus de la moitié des protéines animales consommées viennent des poissons et 95% des poissons pêchés sont issus de la pêche artisanale. Algues et crevettes sont les deux principales ressources de l’aquaculture (1/3 des produits de la mer). L’exportation de thons, crevettes et mérous a rapporté 2,5 milliards de $US en 2010.
La diversité marine est l’une des plus importantes au monde.
L’un des défis est de concilier développement et conservation.

Un groupe d’experts de la biodiversité marine indonésienne a aidé en 2012 le gouvernement a identifié les zones prioritaires de conservation. Ils ont classé les 12 èco-régions marines en trois tiers :
1/ Haute priorité : la région papoue (Papuan), puis,
2/ Lesser Sundas, Banda Sea, Sulawesi Seas, et, enfin,
3/ Détroit de Malacca et côte sud de Java.
Ce classement ne tient pas compte des utilisations de la mer (pêcheries).
Les menaces sur les ressources sont classiques : pêches destructrices (à l’explosif), surpêche, pollution (villes, déboisement, mines…).
Des 69 stocks de poissons, 48 sont surexploités, seules certaines pêcheries aux crevettes de l’est, le thon skipjack et les calamars ne sont pas surexploités.
Au lancement de la Coral triangle Initiative (CTI) en 2009, le président Indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono (instigateur de cette CTI) s’était engagé à établir 20 millions d’hectares d’Aires Marines Protégées (AMP) en 2020 (doublant l’effort promis pour 2010). En 2011, 17,2 millions d’hectares (5% des eaux indonésiennes) étaient déjà sous une forme de protection ou une autre

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La Mourine Javanaise (Komodo 1)

La Mourine Javanaise (Rhinoptera javanica, Javanese Cownose Ray ou Flapnose ray) est sans doute l’un des animaux les plus fascinants que l’on puisse croiser dans les eaux de Komodo.

Ce que l’on sait d’elle tient sur le tiers d’un mouchoir de poche :

Taxonomie : le genre Rhinoptera est affreusement confus.
Catégorie UICN : Vulnerable
Répartition géographique : floue (de l’Afrique du Sud au Japon)
Abondance : inconnue
Evolution des populations : inconnue
Reproduction : vivipare aplacentaire
Comportement : migrateur
Age à maturité : inconnu
Taille à maturité : inconnue
Longévité : inconnue
Taille maximale : 150 cm de diamètre
Age moyen à la reproduction : inconnu
Durée de gestation : inconnue
Taille de portée : de 1 à 6
Taux de mortalité : inconnu
Lois de protection : aucune

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Le cerveau des dauphins

Lori Marino est neurologiste, elle est sans doute, sur Terre, la personne qui connaît le mieux le cerveau des dauphins.
Louis Herman est psychologue à l’université de Hawaii, il est spécialiste de la cognition des dauphins.
Prenons le système limbique, « le cerveau ancien », siège des émotions, de la mémoire et de l’odorat. Les dauphins utilisent très peu leur odorat, l’hippocampe est donc restreint, par contre, le système paralimbique est hypertrophié comme chez aucun autre mammifère, ce qui laisse supposer qu’ils traitent de façon extrêmement sophistiquée leurs émotions. Herman a montré qu’ils comprennent que la télévision est une représentation de la réalité, ils se souviennent des objets, des lieux, des instructions, ce sont des imitateurs doués, quand un dresseur lève une jambe et demande au dauphin de faire pareil il lève sa queue : rien de tout cela n’est simple ou évident. Marino et Herman sont étonnés tous les deux par la vivacité, la rapidité des dauphins « comme si nous vivions dans un autre univers temporel ». Grâce à l’eau dans lesquels ils vivent et qui est toujours en mouvement ? Marino dit en rigolant : « Ils sont toujours en avance sur vous, ils sont plus rapides en tout, parfois vous avez l’impression qu’ils sont impatients parce qu’ils doivent traiter avec nous qui ne sommes que des trainards ! »

D’après elle, le plus étonnant, chez eux, est que le néocortex – la partie la plus récemment évolué du cerveau mammalien, celle qui nous permet de faire des choses complexes, comme raisonner, utiliser nos sens, avoir une pensée consciente, socialiser – est très original. Chez l’homme, il représente 80% du volume cérébral ; chez tous les mammifères il est composé de couches (six chez nous). Par contre, les dauphins et les baleines n’en ont que cinq, il manque le niveau quatre, or ce niveau, chez les primates, est celui où toutes les infos des parties inférieures du cerveau arrivent dans le néocortex et sont intégrées. Comme une gare de triage. Sans niveau 4, par où arrivent les infos ? On n’en sait rien. On sait simplement que ça se fait de façon radicalement différente.
Les neurologistes sont également intrigués par les neurones VENs (Von Economo Neurons spindle cells, « les neurones de la conscience de soi », nommés ainsi en honneur du neurologue Constantin von Economo qui les a décrits la première fois). On retrouve ces VENs chez l’homme et les dauphins (ainsi que chez les éléphants, les baleines et les grands singes), dans les zones responsables des fonctions complexes comme le jugement, l’intuition ou la conscience.
Les VENs sont un peu des neurones superstars, ils interviennent dans l’intégration sociale, le jugement, l’empathie, la modulation des émotions, notre capacité à faire confiance, jouer et aimer.
Les dauphins et les baleines en ont trois fois plus que nous.
Marino pense que les VENs sont une adaptation des « gros cerveaux » permettant l’intégration à grande vitesse d’un flux important d’informations.

Ce qui semble nécessiter le plus d’ingénierie neuronale est de garder la trace de la multiplicité des interactions sociales, chez nous, comme chez les dauphins : « qui a été gentil avec votre grand-mère mais apparenté au gars qui a volé la petite amie de votre frère ? » Garder en mémoire le réseau d’interactions entre des centaines d’individus est un défi, pour nous, comme pour les dauphins. Cela nécessite de la mémoire, du jugement et de l’habileté à communiquer. Il semblerait que l’intégration sociale des dauphins soit bien supérieure à la notre. Ça pourrait expliquer les échouages de masse alors que seulement un ou deux dauphins sont malades ou qu’ils se laissent capturer par l’homme, dans des baies, sans essayer de sauter par dessus les filets.
Cette cohésion sociale, cet attachement émotionnel extrême, expliquerait bien des comportements étranges.
Marino : « Je pense qu’il y a, chez eux, un sens très fort que si quelque chose arrive au groupe cela vous arrive à vous. La différenciation n’est pas si grande entre le soi et l’autre ».
La conscience delphinesque, son instinct de survie, s’étendrait aux autres membres du groupe, bien au delà de la simple empathie, dans une existence partagée que nous avons bien du mal à appréhender.

Merci à Susan Casey, « Voices in the ocean » !

 

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Trump-eries

La sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris (COP21) contre le réchauffement climatique est l’occasion de revenir sur les principales mesures anti-environnementales du nouveau président américain.

– Fin annoncée du Clean Power Plan…qui visait à accélérer la transition énergétique, annulant ainsi la fermeture des centrales à charbon les plus anciennes et les plus polluantes.

– Nomination à la direction de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) du climatosceptique Scott Pruitt, ancien procureur général de l’Oklahoma proche du lobby pétrolier, et réputé pour ses attaques passées contre la structure qu’il dirige désormais.

– Suppression immédiate de la directive qui exigeait des compagnies gazières et pétrolières la communication de données relatives à l’émission de méthane.

– Signature d’un projet de loi voté par les deux chambres supprimant l’encadrement du déversement dans les cours d’eau de déchets miniers susceptibles de contenir des métaux lourds.

– Projet de revenir sur des objectifs d’efficacité énergique dans la construction automobile dont les normes doivent devenir plus exigeantes d’ici cinq ans.

– Autorisation de la construction de deux oléoducs controversés. Le gouvernement Obama avait bloqué ces deux projets. Le plus emblématique, Keystone XL, doit relier les champs de sables bitumineux de la province canadienne de l’Alberta aux raffineries américaines du golfe du Mexique. Le tronçon sud de Keystone XL est déjà en place. Il ne reste plus qu’à construire la partie qui permettrait d’augmenter les capacités déjà existantes, entre la frontière canadienne et l’Etat du Nebraska.

– Signature d’une proposition de loi autorisant les chasseurs d’Alaska à traquer les ours, les loups et leurs petits jusque dans leur tanière, y compris lorsque les plantigrades hibernent. La nouvelle législation permet également aux chasseurs de tirer sur les animaux depuis des hélicoptères ou des avions. Le texte abroge des réglementations prises par Obama l’an dernier qui interdisaient certaines pratiques de chasse – pose de pièges, recours à des appâts, chasse aérienne et abattage des loups, ours ou coyotes dans leur tanière – dans les 16 réserves protégées pour la faune de l’Etat, qui couvrent une superficie de 300 000 km2.

– Signature le 26 avril d’un décret qui pourrait remettre en cause le classement comme « monuments nationaux » d’une trentaine de grands espaces de plus de 40 000 hectares aux États-Unis. Cette révision pourrait supprimer la protection de ces zones naturelles contre l’exploitation des entreprises. Donald Trump s’attaque en fait à l’Antiquities Act, une loi de 1906 signée par Theodore Roosevelt, ardent défenseur de la protection des ressources naturelles. Ce texte permet à un président d’agir pour préserver des espaces menacés, qui peuvent ensuite être transformés en Parcs Nationaux lorsque le Congrès s’empare du dossier. Le Grand Canyon, la Vallée de la Mort et des pans entiers de l’Alaska en ont bénéficié.

– Suppression des restrictions imposées à la pêche sur la côte ouest et qui visaient à empêcher les prises de tortues ou de baleines

ici

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Pour une éthique de l’Océan…

…les plongeurs font partie de la solution.

Ils forment la plus importante ONG de défense des océans.

A chaque fois que vous achetez un nasi goreng à Amed, que vous louez une villa à Bonaire ou un appartement à Bormes ou au Lavandou, la personne que vous payez sait que vous êtes là pour plonger et cette personne, qui vit au bord de mer, est encouragée, par la plus puissante des incitations, à agir pour une mer riche et vivante. Le muck-dive en Asie du sud-est, c’est 2000 emplois directs (plus 4000 indirects, données de Maaarten de Brauwer).

L’Australienne Judi Lowe va publier les résultats de sa thèse sur la plongée et la conservation des récifs coralliens. Elle y explique comment les opérateurs de plongée peuvent intégrer leur activité dans une gestion intégrée des milieux côtiers (ICM en anglais). A quand un travail similaire dans la zone francophone ?

J’y croyais à ce discours bien rodé (dans ma tête!), j’y croyais… jusqu’à Los Cabos, au Mexique, en décembre. Sur le port de Cabo San Lucas, on doit pouvoir dénombrer 150 pêcheurs au gros pour trois malheureux clubs de plongée. J’ai eu un doute en voyant, devant le soleil levant, à l’aube, se silhouetter l’armada des bateaux de pêche se ruant vers les marlins, thons ou autres dorades coryphènes. Les plongeurs peuvent-ils offrir une alternative économique viable ? Je doutais. Et puis, à Socorro, j’ai discuté avec le capitaine du Nautilus Belle-Amie. Pendant la saison de plongée, de octobre à mai, les bateaux de plongée assurent une surveillance effective des eaux des Revillagigedo, pourchassant et signalant les bateaux de pêche illégaux. A tel point que la première mesure qui va être prise par cette nouvelle Réserve de Biosphère Unesco sera de financer des navires anti-braconniers, l’été, de mai à octobre, période pendant laquelle il n’y a aucun navire de plongée sur l’Archipel.

Alors oui, même si rien n’est gagné, nous, plongeurs, constituons bien la plus grosse ONG de défense des océans, à l’oeuvre partout dans le Monde. Une ONG, certes, informelle et qui est destinée à le rester, mais un groupe, tout de même, d’amoureux des Océans.

Le projet « Sagesse de l’Immersion » a touché plus de 5000 personnes (240 contributeurs). Les plongeurs sont demandeurs. Que faire, donc, pour améliorer l’efficacité de cette ONG virtuelle?

Il faut limiter le pouvoir des chapelles, l’endogamie stérile, les clans, les monopoles, bien sûr, mais il y a, en premier, un manque crucial – et ça semble paradoxal à notre époque ! – d’information.

En priorité, il faut offrir aux plongeurs une information de qualité sur les sujets environnementaux cruciaux. Aujourd’hui la communication noie l’info et la connaissance, elle, est une île inaccessible. Pendant le Salon de la Plongée se tenait au Muséum d’Histoire Naturelle un colloque « Plongée et environnement ». Qui était au courant dans les travées de la Porte de Versailles ? Quand j’ai commencé la photo sous-marine, j’ai mis trois ans à découvrir qu’il existait, sur Internet, une vaste banque de données, francophone et gratuite, sur les techniques, le matériel et la photo sous-marine. Trois ans ! Comment est-ce possible ?

Il faut décloisonner, ouvrir les colonnes des journaux, l’espace des forums aux scientifiques, aux vulgarisateurs, aux « contacteurs », aux débroussailleurs… Pour que les idées germent, il faut que l’info circule. Comme les œufs des coraux, emportés par le courant. Ils formeront, demain, les récifs du futur…

On ne va pas sauver la vaquita…quoique…

Si on essayait ?

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Malta, le chant de la tortue

Photo : Franck Hervochon

En 1960, une tortue caouanne (Caretta caretta, Loggerhead turtle) est venue pondre sur la plage de Golden Bay, au nord ouest de l’île de Malte. On l’a laissée pondre, ensuite on a ramassé les œufs, capturé la tortue et mangé le tout.

Le 20 juin 2012, une tortue est venue pondre à Gnejna Bay (une plage voisine). La ponte de 79 œufs a été déplacée par les autorités (Malta Environment & Planning), après avis d’experts, protégée par une cage en aluminium. La ponte a été noyée, faute au sol en argile bleue (« underlying blue clay »).

Gnjena Bay

Le 2 août 2016, une caouanne vient pondre à Golden Bay. Les œufs cette fois-ci sont laissés en place et surveillés 24h/24 pendant deux mois sur cette plage très touristique. Après 56 jours d’incubation, 66 petites tortues retournent à l’océan aidées par une lumière IR. Elles reviendront peut-être pondre au même endroit dans 25/30 ans, mais le taux de survie des jeunes tortues étant très faible, la chance est infinitésimale.

Le sud de l’Italie est l’extrémité nord-ouest de l’aire de nidification de l’espèce en Mediterranée. Le premier lieu de ponte est la Grèce (3000 nids par an), puis Chypre et la Turquie. Deux pontes ont été découvertes en 2002 en Corse et deux dans le Var (St-Tropez en 2006, St-Aygulf en 2016).

Une analyse génétique des caouannes maltaises a montré qu’elles appartiennent à la population orientale plutôt qu’occidentale (originaire de l’Atlantique) (Mifsud et al., 2005).

Les tortues adultes sont victimes des lignes de pêche à la palangre dans les eaux maltaises (2 à 3000 prises par an, avec une mortalité de 15 à 50% (Mifsud et al., 2005)), de la pollution au plastique, de l’aménagement du littoral qui les empêche de venir pondre etc…

Nature Trust Malta gère un programme de sauvetage de tortues au San Lucjan Aquaculture Research Centre (en gros, 15 tortues par an).

Les eaux maltaises, faute à la surpêche, sont notoirement très pauvres en poissons.
Un ambitieux programme d’Aires Marines Protégées (voir carte) semble répondre d’avantage aux exigences européennes de lister des sites Natura 2000 que de réellement vouloir protéger la biodiversité marine. La chasse sous-marine en bouteilles était encore autorisée il y a quelques années. Les Maltais ne sont pas des grands mangeurs de poissons, mais ils tentent de fournir aux restaurants de la côte, pour les touristes, des produits de la mer.

L’association Sharklab Malta est très active pour la protection des raies et requins. Elle recueille sur les marchés des œufs de requins encore vivants qui sont mis en incubation à l’aquarium de Malte : 200 requins ont ainsi pu être libérés.

Les fermes à thons sont le nouvel eldorado de « l’aquaculture », mais les bancs de jeunes thons rouges sont parfois capturés avec l’aide d’avions, ce qui est interdit, et menace la survie de l’espèce en Méditerranée. Les thons captifs sont engraissés avec des maquereaux norvégiens farcis d’huile, d’antibiotiques et d’anti-stress. L’intégralité de la production part au Japon où elle est vendue à prix d’or.

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