A LIRE…ABSOLUMENT :

https://www.davidzindell.com/the-idiot-gods/

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UN CONTE AZTEQUE

Le rêve brisé de Nezahualcoyotl

 

 

 

Nezahualcoyotl se tenait avec son fils Cuauhtemoc au côté de la pierre sacrificielle, à deux pas du sanctuaire dédié à Huizilopochtli, le dieu oiseau-mouche. Au sud, le temple de Tlaloc, le dieu de la pluie et de l’eau, sortait tout juste de l’ombre.
« Viens voir mon fils ». Il conduisit le jeune homme vers la pierre votive circulaire de Coyolxanhqui :
« Tu sais ce qui lui ait arrivé n’est-ce-pas ?
– oui, elle a été décapitée par son frère Huitzilopochtli…
– …et il a eu raison ! Quetzalcoatl, le dieu serpent à plumes lui-même, n’a pu s’y opposer. Tu subiras le même sort si tu ne rapportes pas une conque sacrée qui cèlera notre alliance avec Texcoco et Tlacopan contre ces chiens de Tlaxcala et ces moins que chiens de Huejotzingo. Grâce à cette Triple Alliance l’Empire regorge déjà de jade, de turquoise, de coton et de tabac…mais il nous manque toujours la conque…


– J’ai fait ce que tu m’as demandé : j’ai été la chercher sur la côte Pacifique, là où la terre succède à la mer1, mais les poissons y sont si nombreux qu’on ne distingue pas le fond. On entend du bateau, quand la mer est calme, comme un immense frétillement et les mouvements coordonnés du banc forment une vague ! La mer est solide, on pourrait marcher dessus ! Les indiens du coin nomment ces poissons « Pampanos ».
– Embauche mille de ces pouilleux et vide la mer de cette engeance, on mettra, comme engrais, un poisson au pied de chaque plan de maïs de l’Empire.

Cuauhtemoc était transporté en pensées sur ces eaux : il se souvenait que le friselis de la surface, provoqué par la multitude, composait comme un chant et que cette musique de la mer vivante était douce à ses oreilles.

– Ce n’est pas tout père…
– Quoi encore ?
– Les poissons plats géants, ils sont légion. On les repère de loin à leurs sauts hors de l’eau. Ensuite on les devine du bateau car la mer s’assombrit, le banc forme une immense tache sombre dans laquelle on saute…
– les pouilleux…
– …mobulas, ils les appellent mobulas : elles ont une forme de losange avec des ailes pointues et des cornes blanches. Parfois l’une redresse son aile et le dessous blanc de l’animal apparaît. Leurs motivations profondes nous échappent, nous ignorons leurs projets mais elles arpentent en bancs infinis cette mer intérieure.

Il y eut un long silence que son père respecta puis Cuauhtemoc reprit :

– Si, par miracle, on arrive à plonger au delà des poissons, alors on ne voit plus le soleil qui est occulté par ces masses grouillantes. C’est l’Infra-Monde père et j’y ai vécu mille morts !
– Peu importe ! Si tu meurs noyé tu rejoindras les jardins paradisiaques de Tlaloc. Si tu refuses d’y retourner, mon chihuahua préféré dévorera ton foie avant que tu n’atteignes le 9ème inframonde !
– J’ai bien cru ne jamais revoir Tenochtitlan…Je préférerais la côte Est…
– Pas tout de suite ! Tu n’iras pas te saouler au mezcal à Cancun !
– Cancun ?
– Euh non, Zempoala…j’ai eu une vision, terrifiante d’ailleurs, de l’avenir…
Tu retournes chez les pouilleux, si tu n’y retrouves pas la conque géante alors tu pourras explorer le pays Maya
– Père..
– Quoi encore ?
– Il y a autre chose : si on réussit à passer la couche épaisse des poissons et qu’on veut se poser un instant sur le sable et bien on ne peut pas..
– pourquoi ?
– Ça grouille de requins-taureaux là-dessous !

AILLEURS  : Centro Archeologico de Templo Mayor (Mexico) :

– Sur ce tableau d’offrandes : celles provenant de la mer sont prédominantes : coraux, coquillages, conque, rostre de poisson-scie etc…
– Mais comment pouvez-vous être certain que les Aztèques plongeaient pour récupérer leurs conques et qu’ils ne les ramassaient pas sur la plage ?
– Il y a plusieurs couches de périostracum, les protéines à la surface du coquillage, les conques ont été ramassées vivantes par des plongeurs parce que ces couches disparaissent quand l’animal meurt en mer puis est drossé sur la plage…

 

  • Donne moi ta main fils !
    Cuauhtemoc hésita un instant mais, hypnotisé par le regard magnétique de son père, il finit par soulever son bras. Nezahualcoyotl le tira au-dessus de la pierre sacrificielle puis fit apparaître une longue arrête de poisson. Il palpa quelques secondes, de la pulpe de ses doigts, le poignet de son fils puis, d’un coup sec, emmancha l’arrête dans une veine. Le sang se mit à couler en un mince filet sur la pierre où il s’engouffra dans une goulotte avant d’atterrir dans la gueule d’un Tlaloc grimaçant qui émis un gargouillis agonique :
    – Tu as dit vrai, Tlaloc a parlé…

Cuauhtemoc allait perdre connaissance mais il entendit, venant de très loin :

  • il n’y a pas de conque sur la côte Pacifique, pars en pays Maya…cette mer intérieure n’est que pestilence gluante et écailleuse, les conques viennent du Levant, j’ai entendu le murmure de Tlaloc…

 

 

« On m’a rapporté que tu n’avais pas trouvé la conque… »
Aucune irritation dans la voix de son père, mais Cuauhtemoc reconnut dans son regard l’éclat d’une vieille colère qui couvait encore sous la cendre d’une immense lassitude.
– Raconte-moi tout de même le pays Maya…
– Cette terre est comme une éponge, percée de mille trous…Chiexulub, la météorite des premiers temps a fragilisé son sol qui s’effondre au-dessus de grottes révélant un réseau de rivières souterraines : ce sont les cénotés.

Xlapak, le fils d’un pochteca maya, m’a montré l’un de ces trous d’eau au cœur de la jungle. A cinquante pas du grand trou d’eau à ciel ouvert il y avait un autre trou de la taille, cette fois, d’une courge, dans lequel mon compagnon a glissé une calebasse au bout d’une corde. Il l’a remontée : l’eau était aussi douce à mon palais que celle de nos montagnes. Il a alors mis une lourde pierre dans le récipient et a recommencé : l’eau cette fois était salée. La mer remonte dans les terres et les deux couches d’eau se superposent, l’eau salée en dessous. J’ai immédiatement songé à la conque.
Xlapak me fit ensuite m’allonger à même le sol, la tête au-dessus du trou, puis il y jeta une pierre : j’entendis un splash lointain, étouffé.
Cinquante pas encore plus loin, un nouveau trou. L’expérience de la pierre dans ce second orifice me renvoya un son fort, vibrant, amplifié. Xlapak lâcha d’une voix neutre : « Ici, il y a de l’air au-dessus de l’eau, on doit pouvoir y respirer ».
Sa voix était hésitante. J’ai compris qu’il aurait bien aimé le vérifier par lui-même mais qu’il n’en avait pas le courage. Son regard humble et malicieux me lançait un défi. Grâce à mes séances d’apnée parmi les Péricus je devais pouvoir nager sous l’eau sur une telle distance.
Ces sources d’eau douce, bienfaitrices en ce milieu aride, sont sacrées pour les Mayas, ils y pratiquent même des sacrifices rituels, elles marquent l’entrée de Xibalba, l’au-delà.

J’avais des lunettes de nage offertes par les Péricus. Fabriquées avec du bois, des fibres de sisal et une couche transparente de nacre, elles me permettent de voir sous l’eau.
Xlapak m’a offert un verre de pulque – de la sève d’agave fermentée – pour me donner courage. Il m’a ensuite tendu une étonnante boule lumineuse, fabriquée avec des vers luisants et une exuvie de serpent, boule qui devait me permettre de voir sous l’eau : c’était son présent pour l’exploration du cénoté de Chac-Mool, la divinité de la pluie.

J’ai pris mon souffle et me suis lancé dans la direction supposée de la poche d’air, une cordelette attachée au pied pour retrouver le chemin du retour. Je me suis heurté à des blocs calcaire, certainement un plafond effondré. Je fus forcé de faire demi tour. Je dus m’y prendre à plusieurs reprises ; à la neuvième tentative j’ai enfin perçu une lueur puis, dans une fuite éperdue vers l’air, j’ai enfin percé la surface d’un petit lac intérieur. La salle était à demi-éclairée par le faisceau de lumière du trou dans lequel Xlapak avait jeté son caillou. Du plafond de la grotte pendaient jusqu’à l’eau des tresses de racines des arbres de la jungle, racines sur lesquelles proliféraient des tarentules. Dans les anfractuosités de la voûte des araignées-scorpions.
J’ai repris mon souffle puis exploré sous l’eau le fond et les parois éclairés par le faisceau de lumière. Des poissons s’amusaient à le traverser. Dans l’eau douce je voyais parfaitement, ainsi que dans l’eau salée, par contre, à la jonction des deux couches, mélangées par mes mouvements, tout m’apparaissait désespérément flou…jusqu’à ce que l’eau repose un moment et que les couches se stabilisent. Et puis, soudain, je l’ai vu, incrustée dans la paroi : une conque, une demi-conque, une conque altérée, brisée, une conque fossile, mais une conque tout de même. J’ai compris que cet objet n’aurait aucune valeur à vos yeux et je n’ai pas cherché à le détacher de la paroi…Voilà l’événement marquant de mon exploration du monde maya…ah si, encore un détail, en sortant…en revenant sur mes brasses vers le trou de départ j’ai découvert deux femmes dans l’eau…deux femmes, blanches et nues, qui se tenaient debout, absolument indifférentes à mon exploit, je n’ai vu, sous l’eau, que le bas de leurs corps, mais c’était déjà plus que je n’aurais du voir…je me suis détourné et quand je suis sorti de l’eau elles n’étaient plus là.
– Répète-moi tout en détail…
– Quoi ? Depuis le début ?
– Non, les femmes… rends-toi à « l’Ile des Femmes »…

Je t’écris, père, de cette mer que tu as voué aux gémonies.
Je suis assis au sommet d’une dune de sable qui surplombe la baie. Le soleil sur ma droite disparaît derrière les collines ; les silhouettes des cactus en candélabre pointent au-dessus des arbustes. Finalement je préfère le doux chant de la mer vivante aux borborygmes hideux de ton Tlaloc et je vais rester ici parmi les « pouilleux ». Pour ton information ils se nomment « péricus ».
Je préfère aussi la chaleur, même étouffante, de la côte, à la fraîcheur des hauteurs de Tenochtitlan. C’est l’heure du vol crépusculaire des pélicans. Je n’ai pas encore vu les condors dont les Indiens d’ici me parlent beaucoup mais la vie est partout : hier soir j’ai chassé un scorpion de ma couche, un coyote en maraude s’est battu avec le chien à peau nue de ma logeuse et un écureuil me réveille chaque matin.
Dans la Laguna Ojo de Liebre j’ai caressé un géant placide des mers, il était venu de lui même à couple avec ma barque. J’ai croisé son regard ; j’ai bien crû y voir une âme. Sur une plage j’ai assisté à l’arribada, la ponte collective des tortues.
Le vent, même encore tiède, est une douceur sur ma peau après cette journée caniculaire. La plage à mes pieds, jonchée de coraux, de branchages et de coquilles d’huître, est déserte. Deux chiens jaunes errant me tiennent compagnie.
J’ai soumis aux Péricus ton idée de vider la mer de ses poissons. Trois lunes après ils en rigolent encore le soir. Ce sont d’habiles plongeurs et ils remontent de leurs explorations sous-marines des huîtres dont certaines recèlent un trésor. Qu’il échappe à la voracité de nos prêtres est mon vœu le plus cher.
La lumière me manque à présent pour écrire…Que Huizilopochtli te protège ! Le vrai Tlaloc, le Dieu de l’eau, est ici avec moi…

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Et une, et deux et trois…bonnes nouvelles…

Des scientifiques ont découvert par erreur une enzyme très efficace pour digérer le plastique.
En 2016 des Japonais découvrent sur un site de recyclage de bouteilles en plastique une bactérie possédant une PETase, une enzyme qui détruit le polyethylene terephthalate (PET). Des chercheurs du département américain de l’énergie renouvelable, en étudiant la structure de la molécule, créent par inadvertance un mutant de la PETase. Le mutant est non seulement beaucoup plus efficace mais il digère également le polyethylene furandicarboxylate (PEF). Grâce à cette PETase le PEF et le PET deviennent biodégradables…

 

Google aide le gouvernement Indonésien à lutter contre la pêche illégale.
En analysant les images satellites Google est capable de localiser les bateaux qui pêchent en zones interdites. En 2016, Google co-fonde Global Fishing Watch, une plate-forme d’imagerie en ligne. L’Indonésie a été la première nation a partager son système de suivi informatique des navires (VMSI, vessel monitoring system information) ce qui leur a permis de localiser plus de 5000 bateaux auparavant invisibles avec les systèmes classiques. Les stocks de poissons auraient ainsi doublé en deux ans (?) et le braconnage étranger chuté de 90%. Les navires arraisonnés par la Navy indonésienne sont coulés.

Les chercheurs étudiant la diversité génétique des coraux de la Grande Barrière ont trouvé que celle-ci était plus importante que ce qu’on pensait jusqu’alors ce qui pourrait augmenter de 50 ans – la portant à un siècle – l’espérance de survie de ces récifs face au réchauffement climatique ( PLOS Genetics). L’étude a porté sur Acropora millepora résistant au réchauffement.

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CEPHALOPOLIS « Ce que c’est qu’être une pieuvre… »

A quoi peut ressembler l’expérience subjective d’un poulpe ?

Nous avons exploré dans Humuhumunukunukuapua’a (1) et (2) (http://forum-photosub.fr/forum/viewtopic.php?f=101&t=15954) l’umwelt des poissons, c’est à dire ce qu’ils ressentent, leur univers sensoriel, nous allons maintenant faire la même chose avec les pieuvres.
Un poulpe commun possède 500 millions de neurones. C’est beaucoup. Beaucoup moins que nous, mais autant qu’un chien par exemple et sans équivalent, en tout cas, parmi les invertébrés.
Les poulpes sont limités par leur vie très courte (un an ou deux, comme les seiches ; quatre ans pour le poulpe géant du Pacifique).
Il y a 2 fois plus de neurones dans les bras que dans le cerveau central. Les bras touchent, sentent et goûtent. En gros, il y a un contrôle centralisé du mouvement global du bras (par la vue) et un réglage précis du mouvement par le bras lui-même.
Les poulpes ne sont pas très sociables et il semblerait que ce soit la chasse et la fuite des prédateurs qui aient fait émerger chez eux une certaine intelligence ou bien la nécessité de coordonner un corps complexe à plusieurs bras. Le poulpe serait l’illustration d’un mouvement théorique en psychologie intitulé la « cognition incarnée » (« embodiment ») : c’est le corps lui-même, plutôt que notre cerveau, qui serait responsable d’une partie de notre intelligence.
Les poulpes ont opté pour une délégation partielle d’autonomie à leurs bras. Pour le poulpe, les bras sont partiellement soi mais, pour son cerveau central, ils sont en partie non-soi, des agents à leur propre compte. Si vous essayez de prendre un objet avec votre main et qu’au dernier moment l’objet bouge, votre mouvement va changer aussi, sans que vous en ayez conscience, c’est un peu la même chose chez le poulpe. Le cerveau central est le chef d’orchestre, mais les joueurs qu’il dirige (les bras) sont des jazzmen enclins à l’improvisation et ne tolèrent sa direction que jusqu’à un certain point.
Mais pourquoi, bon sang, une vie si courte ? Sa vulnérabilité (c’est un mollusque sans coquille) conditionne son espérance de vie. L’évolution a privilégié, chez lui, la ruse et le camouflage, mais sa vie c’est le risque continuel de ne pas survivre jusqu’au lendemain.
Il y a une exception.
Au moins.
En 2007, à 1600 mètres de fond, les chercheurs de Monterey Bay ont trouvé une femelle de l’espèce Granaledone boreopacifica accrochée à la paroi, elle protégeait sa couvée, ils sont venus la voir tous les mois…pendant quatre ans et demi ! La plus longue incubation du règne animal. Si le rapport couvaison/durée de vie est le même que pour les autres poulpes, il pourrait vivre 16 ans.

« Le prince des profondeurs » de Peter Godfrey-Smith Flammarion 2018, (« Other minds : the octopus, the sea, and the deep origins of consciousness », 2016)

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Plonger avec les céphalopodes

Les céphalopodes – avec les mammifères marins et les raies manta – sont parmi les rares espèces avec lesquelles on peut espérer avoir une vraie interaction en plongée, avoir un vrai contact.
Les céphalopodes comprennent les poulpes (= pieuvres, 300 espèces, de 2 cms à 6 mètres, d’une extrémité d’un tentacule à une autre pour la pieuvre géante du Pacifique), les seiches (120 espèces), les calamars (300 espèces) et les nautiles (28 espèces).
Qu’ont en commun toutes ces espèces ? Pourquoi sont-elles si particulières ?
Les céphalopodes ont un sang bleu, trois cœurs, une bouche avec un bec et huit bras autour de la bouche (seiches et calmars ont, en plus, deux tentacules). Ils ont un cerveau gros et complexe (avec une partie dans chacun des bras). Ils peuvent résoudre des problèmes, se servir d’outils, se doter d’une habitation mobile. En captivité on a vu des poulpes provoquer des courts-circuits : ils éteignaient les lumières en envoyant des jets d’eau au plafond sur les ampoules électriques.

Plonger avec des seiches :

Petit rappel de morphologie : Elles ont 8 bras et 2 tentacules (invisibles au repos). Au repos les 8 bras d’une seiche pendent vers l’avant et se ressemblent tous. Les bras sont numérotés de 1 à 4, à gauche et à droite. En partant du haut, on trouve le bras gauche n°1 et le bras droit n°1. Vu de face, ce sont les bras « internes ». En allant vers l’extérieur, on trouve le bras gauche n°2 et le bras droit n°2, puis la troisième paire, et enfin la quatrième.
Chez les seiches géantes (qui peuvent faire jusqu’à 1 mètre), la quatrième paire est plus grosse chez les mâles que chez les femelles.
Les seiches sont capables d’afficher sur leur corps des couleurs absolument extraordinaires. Couleurs qui sont variables d’un individu à l’autre et fonction de l’humeur de l’animal.

La seiche témoigne en général une « amicale curiosité ». Il faut prendre son temps. Elle maintient une distance de sécurité, distance qui peut se réduire à 50 cms au bout d’un certain temps ; on approche alors une main sans la toucher, la seiche peut ensuite allonger un bras pour toucher le votre mais, en général, c’est une tentative unique.
Parfois, mais c’est rare, la seiche peut être agressive : on assiste alors à un tournoiement de bras, à un feu d’artifice de couleurs chaudes, replis de peau hérissés, bras dressés, elle peut charger mais ne va pas au contact. Si vous l’imitez ça la calme rapidement et permet une approche. La seiche peut également vous témoigner sa plus profonde indifférence, vous semblez ne pas exister pour elle.

Répertoire agressif :
Les mâles aplatissent souvent leurs quatrièmes bras comme de larges lames.
Autre geste agressif : dresser la première paire de bras comme des cornes. Elles peuvent aussi avoir la forme de crosses de fougère, de crochets ou de massue.
Parfois le déploiement est « étagé » : paire 1, toute dressée ; paire 2, comme des cornes avec l’extrémité enroulée ; paire 3, juste en dessous ; paire 4, aplatie, massive.

Plonger avec des poulpes :

A quoi s’attendre ?
Il est possible de les suivre en gardant ses distances. Ils font un parcours à l’itinéraire tortueux qui les ramène en général à leur tanière. Ils accordent une grande attention aux objets qu’ils rencontrent pour la première fois.
Ils vous regardent attentivement en gardant leurs distances.
Les poulpes sont plus entreprenants que les seiches : ils tendent un bras à partir de leur trou pour vous explorer (il y a des centaines de capteurs chimiques sur chaque ventouse), les poulpes vous « goûtent », puis tentent de vous tirer dans leur repère.

Les « histoires extraordinaires » :

Matt, qui a décrit l’une des Octopolis (une « ville » de poulpes) : un poulpe, une fois, lui a attrapé la main et lui a fait faire « un petit tour du propriétaire », la balade a duré dix minutes et s’est terminé devant la tanière du poulpe.
En captivité. Racontée par Jean Boal (Université de Millersville). Les poulpes adorent les crabes mais en captivité ils sont souvent nourris avec des crevettes et des calmars décongelés. Un jour, Boal était en train de parcourir une rangée de réservoirs distribuant du calmar décongelé. Au bout de la rangée elle fait demi-tour et voit que le poulpe du premier réservoir semble l’attendre. Il n’a pas mangé son calmar et le tient bien en évidence. Le poulpe, sans la quitter des yeux, se dirige vers le siphon d’évacuation et y laisse tomber le morceau de calmar.

On ne sort pas un poulpe de force de son trou : ça n’a aucun intérêt pour vous…et encore moins pour le poulpe.

Seule espèce véritablement dangereuse (à part le poulpe à ocelles bleues ou Blue-Ring Octopus détaillé ici : https://cridupoulpe.wordpress.com/2015/02/18/mortel-et-telepathe-le-poulpe-a-ocelles-bleues/ ) : le calamar de Humboldt, au large du Chili. En plongée de nuit, de nombreux plongeurs photographes et cinéastes ont été attaqués et mordus, inutile de préciser que l’on sait très peu de choses sur cette espèce…Disons que ça ne se bouscule pas au portillon pour l’étudier…

 

 

 

« Le prince des profondeurs » de Peter Godfrey-Smith Flammarion 2018, (« Other minds : the octopus, the sea, and the deep origins of consciousness », 2016

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OCTOPOLIS

J’adore les poulpes, alors cette histoire de Cité des Poulpes, Octlantis, était presque trop belle…Elle a été découverte sur la côte est australienne. Bon, les scientifiques aiment bien se mettre en valeur, alors ce n’est pas une vraie ville avec un stade de foot et des HLM mais…disons que c’est un début, une émergence. C’est un regroupement d’une quinzaine d’individus sur un site qui comprend des tanières et des murs de coquillages, ce qui n’avait encore jamais été décrit. Les pieuvres se regroupent, communiquent, et se battent pour chasser d’autres pieuvres tentant de s’emparer de leur habitat ou pour expulser celles qui ne sont plus les bienvenues. En 2009 on avait découvert une autre cité dans le coin, Octopolis. Elle était le théâtre de violents combats entre mâles (de l’espèce Octopus tetricus), certains utilisant des coquillages comme armes. Mais le site, construit autour d’un objet métallique d’une trentaine de centimètres de long -de fabrication humaine-, avait été considéré comme une probable anomalie. Octlantis, elle, n’a pas été construite autour d’un objet non-naturel, mais autour de pierres. « Les deux sites présentent des caractéristiques qui ont, je pense, rendu ces attroupements possibles, à savoir des affleurements de roches océaniques au milieu de régions particulièrement plates et sans relief », explique Stephanie Chancellor.
Un autre regroupement de poulpes a été décrit en 1982 dans les eaux de Panama. A l’époque la communauté scientifique fut sceptique.
Comment expliquer l’apparition d’Octopolis ? Un jour un objet métallique d’une trentaine de centimètres tombe d’un bateau. Le plus gros poulpe du coin s’installe dessous. La pieuvre apporte des pétoncles pour s’en nourrir. Les coquilles s’accumulent, changeant la topographie du lieu. D’autres tanières peuvent y être creusées. De nouveaux poulpes s’installent augmentant donc le nombre de coquilles. Dans une zone où les coquillages abondent, les tanières pour se mettre à l’abri des requins, des poissons ou des dauphins est le facteur limitant. Octopolis, comme un récif artificiel, attire de nombreuses espèces sur le site : poissons, requins wobbegong, calamars, raies, crabes etc.

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Raja Ampat

C’est l’extrémité ouest de la papouasie indonésienne (ou « Papua », autrefois « Irian Jaya »). Avec Triton Bay et Cenderawasih Bay ils forment l’entité « Bird’Head Seascape » (183 000 kilomètres carrés, 2500 îles), l’un des endroits au monde à la plus grande diversité corallienne.
Le programme de conservation de la région repose sur l’engagement de Conservation International, la région et l’Etat indonésiens, la Fondation Packard, des donateurs privés, qui financent et gèrent des actions conjointes de recherche, de gestion et d’éducation…Un bateau, le MV Kalabia, a accueilli plus de 5000 enfants de la région et leurs professeurs les sensibilisant à leurs richesses marines. Certaines activités économiques de substitution aux prélèvements marins ont été lancées : élevages de porcs, ateliers de rotin etc…

On a dénombré 1629 espèces de poissons. Pourquoi autant de diversité ? La région est une zone de convergence tectonique, un des lieux géologiquement le plus actif de la planète, ce qui a multiplié les milieux marins : des récifs frangeants, des baies paisibles, des abysses…Ce qui n’apparaît pas sur les cartes c’est que la région est connectée par les courants océaniques (pourvoyeurs de larves) à d’autres régions très riches du Triangle de Corail. Au cœur de celui-ci elle fonctionnerait comme un incubateur géant, une « fabrique à espèces » marines.
L’endémisme est marqué : 8 espèces de squilles, 10 à 40 espèces de corail, 35 espèces de poissons. Il existe des requins-marcheurs spécifiques des 3 entités géographiques (RA, Triton B. et Cenderawasih B.)

 

Dix Aires Marines Protégées couvrant 35000 km2 ont été établies grâce aux efforts conjoints du gouvernement, des ONG, des partenaires académiques, avec le soutien financier de la Fondation de la Famille Walton, projet qui a permis d’embaucher sur chaque réserve des membres des communautés locales. La pêche à l’explosif a été presque éradiquée, ainsi que le braconnage des tortues.
A Sayang-Piai, les pontes fructueuses de tortues ont augmentés de 50 à 70% chaque année depuis 2006. Certains villages ont d’eux-mêmes augmenté les zones de « No-take » en complétant leurs propres moratoriums traditionnels ou sasi. Sous l’impulsion du Misool Eco Resort (MER) la pêche aux requins/raies manta/tortues/dugongs/poissons d’aquarium est interdite au Raja Ampat depuis 2010. L’un des plus gros succès du projet : MER a créé une « no-take zone » de 1220 km2.
Les droits payés par les touristes qui visitent les Raja (200 000$ chaque année) sont partagés entre les rangers et un fond communautaire qui développe la santé et l’éducation des villages.

Pour plus d’informations sur la conservation de la région :
http://www.birdsheadseascape.com

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