La féra dans le lac Léman : où en est-on?

 

D’après la conférence de Orlane Anneville du 13 octobre 2019, pour les 20 ans du CARRTEL-INRA.

Dans les années 60 et jusqu’aux années 80, il y avait peu de féras à cause de l’eutrophisation. A cette époque, l’excès de phosphore dans les eaux du lac, entraînait une pullulation d’algues microscopiques (le phytoplancton) qui, en se décomposant conduisaient à une couche sans oxygène au fond, ce qui était néfaste pour les oeufs. Le pacage lacustre (élevage des larves en bassins puis déversement dans le lac) a, un temps, aidé à maintenir la population de Féra.
Dans les années 80, les féras ne vivaient pas vieux (rarement plus de 3 ans) car ils étaient tous pêchés. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, les pêcheurs attrapent parfois des individus de 6 ans ! En effet, en raison des fortes densités observées à partir de 2006, les poissons ne sont plus tous pêchés. .
Dans les années 90, le nombre de féras a augmenté grâce à l’amélioration de la qualité du lac et des frayères. Par ailleurs, des printemps plus cléments, ont permis aux larves de féras de grandir plus vite (se mettant ainsi à l’abri de la prédation). Le pic d’abondance du zooplancton est plus précoce ce qui favorise aussi la croissance des larves. 2006 fut une année exceptionnelle en terme de production de juvéniles et s’en suivit un emballement de la population grâce à des conditions environnementales toujours favorables et la présence de reproducteurs de plus en plus âgés et performants..
En 2014, on a jamais vu autant de féras…puis ça s’effondre. Pourquoi? Plusieurs hypothèses. Est-ce la disparition, par la pêche, d’une cohorte à l’exceptionnelle qualité reproductrice? La température continue à augmenter, ce qui devrait favoriser la croissance des larves mais à l’inverse, pourrait être préjudiciable pour la survie des œufs et la croissance des juvéniles en été.. Aussi, il y a moins de zooplancton (surtout des espèces leptodora et daphnies (au printemps) qui sont appréciées par les larves de corégones) ; plus qu’un problème d’abondance du zooplancton, il semble y avoir un problème de disponibilité de la ressource car il y a beaucoup de poissons pour le nombre de proies.

Ces dernières années, il y a donc une forte compétition pour la nourriture au sein de la population de Féra.  Actuellement il ne semble pas y avoir de surpêche car on pêche encore des vieux spécimens (données de la scalimétrie = stries de croissance des écailles).

Est-ce que ça va aller mieux? Il semblerait que des jeunes poissons sont pêchés actuellement ce qui serait encourageant.
La féra, comme l’omble, dans le Léman, est au sud de son aire de répartition, ce qui signifie qu’elle ne supportera pas une augmentation de la température.
On aurait vu des féras remonter des rivières (à la recherche d’une eau plus froide?), serait-ce annonciateur d’un nouveau mode reproductif?

PS : Le nombre de brochets augmente : suite à la diminution du phosphore des années 80, les herbiers ont augmenté, ce qui a aussi favorisé les brochets qui fraient dans les herbiers.

Qu’en est-il dans le lac d’Annecy?
Ce lac a été préservé de l’eutrophisation. Malgré tout les prises ont diminué à partir de 2004 entrainant un conflit entre pêcheurs professionnels et amateurs (2 pro et 800 amateurs). La situation s’est améliorée notamment grace à une nouvelle réglementation de la pêche : modification de la taille légale des prises, des quotas pour les amateurs et le nombre de licences pro. Les conditions environnementales ont aussi été favorables à la reproduction naturelle et à la survie des larves.

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Manger du poisson?

On connait l’état critique des pêcheries mondiales. Selon la FAO 58% des populations sont exploitées au niveau maximal et 31% sont surexploitées.

Devant l’étal du poissonnier force est de constater que, le plus souvent, la loi n’est pas respectée : une fois sur deux la méthode de pêche n’est pas indiquée.
Comment s’y retrouver? Avoir l’application PlanetOcean ou Mr GoodFish (https://www.mrgoodfish.com/) dans son smartphone peut aider.

Choisir des restaurants dont les chefs s’engagent. J’ai récemment suivi un cours de cuisine avec un chef étoilé dans un palace du lac Léman, il n’avait jamais entendu parler des certifications comme MSC! Il y a encore un déficit d’informations. Relais&Châteaux et ses chefs se sont engagés, des restaurateurs, derrière Mr Goodfish ou d’autres, encore, comme Christopher Coutanceau (2 étoiles à La Rochelle). Les bases? Rejet de la pêche électrique, respect du calendrier de reproduction des espèces (ici, dans le Léman, on continue à pêcher la perche en pleine période de frai, en mai), retrait du poulpe, travailler des espèces peu connues comme la vive, la vieille, le chinchard…utiliser toutes les parties du poisson…

Préférer les poissons d’élevage aux poissons sauvages n’est une solution que si vous acceptez de manger des poissons herbivores (tilapias…) sinon le kilo de poisson dans votre assiette (saumon, bar, daurade…) a nécessité entre 2 et 4 kgs de poissons-sauvages-fourrage pour sa nourriture (anchois, harengs…).

Est-ce utile pour la santé d’en manger? Les autorités de santé répondent : “Oui, mais pas trop…”. Une étude américaine publiée dans Scientific Reports précise qu’une consommation hebdomadaire permet aux enfants de mieux dormir et d’avoir un meilleur QI, grâce peut-être aux acides gras oméga-3 présents dans le saumon, le maquereau, la truite, le hareng ou la sardine…(le QI est tellement multifactoriel qu’on peut douter de cette étude…). En France, on insiste sur le “pas plus d’une ou deux fois par semaine” à cause des pesticides retrouvés dans les poissons d’élevage et les métaux lourds et PCB dans les poissons sauvages super-prédateurs tels que thons, requins, espadons…

Où manger du bon poisson?
Nick Sakagami est un expert en gastronomie du thon (“fish master”), ce qui l’intéresse surtout c’est le goût du poisson (plus que de savoir si, demain, il y en aura encore). Pour lui le meilleur thon au monde, en dehors du Japon, se trouve à Tahiti. La Norvège et le Canada sont les deux autres pays qui proposent les meilleurs poissons du monde.

Le thon rouge est menacé, mais il faut distinguer les régions d’origine : celui de l’Atlantique l’est moins que celui du Pacifique (au Mexique par exemple la législation est trop laxiste) ; en Méditerranée ça semble aller mieux. Le thon des eaux froides (Islande, Ecosse…) est meilleur car il est plus gras. Il est conseillé généralement de manger comme les “locaux”. C’est surtout vrai sous les Tropiques : les Haut-Savoyards adorent manger des filets de perche alors qu’ils savent très bien que, 8 fois sur 10, ils sont importés…Nick a un dernier conseil : “demander au serveur d’où vient le poisson. S’il ne le sait pas c’est mauvais signe.” Je vous déconseille l’expérience en France, ou si, faites-le, vous ne mangerez plus souvent de poisson au restaurant…

Carrefour est l’une des enseignes qui propose le plus de références MSC (Marine Stewardship Council, un label écoresponsable)…mais toutes s’y mettent : les Magasins U mettent en avant le remplacement du thon Albacore par du thon Listao pêché à la ligne sans utilisation de DCP (Dispositifs de Concentration de Poissons), mais peut-on les croire?

Du côté des crevettes : c’est entendu, les meilleures crevettes d’élevage congelées sont celles de Madagascar (ASC, Label Rouge…elles cumulent toutes les certifications), mais à 2€ la gambas, chez Picard, c’est un plat de luxe…

Le mieux c’est encore de devenir végétarien ou végétalien, si on y arrive…un excellent livre de recettes (en anglais) : https://www.amazon.fr/gp/product/039958014X/ref=ox_sc_saved_title_9?smid=A1X6FK5RDHNB96&psc=1

Pour le lien entre pêche à la crevette et esclavage moderne (oui, vous avez bien lu « esclavage » https://cridupoulpe.wordpress.com/2015/01/13/khao-phat-kung/   ), lire : « La jungle des océans » de Ian Urbina. Payot.

Puisqu’on est dans les livres, je ne peux que vous recommander l’excellente biographie de Daniel Pauly, le plus titré de nos halieuthes actuels, par David Grémillet : “Daniel Pauly, Un océan de combats” chez Wildproject. J’y reviendrai. Trop vital.

Sur le même sujet :

https://cridupoulpe.wordpress.com/2017/12/19/manger-encore-du-poisson-et-des-produits-de-la-mer/

https://cridupoulpe.wordpress.com/2015/10/07/10-conseils-pour-choisir-son-poisson/

https://cridupoulpe.wordpress.com/2015/01/13/khao-phat-kung/

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Pollution plastique : infos pratiques

Sur la côte du Canada les 12 déchets ramassés sur les plages sont (par ordre décroissant et en nombre d’objets) :
1 – petits morceaux de plastique
2 – mégots de cigarette
3 – bouteilles en plastique
4 – emballages alimentaires
5- bouchons de bouteilles
6 – papiers
7 – sacs en plastique
8 – emballages divers
9 – pailles
10 – plastique aéré
11 – canettes
12 – cordes

Les microplastiques (inf à 5mm) trouvés en mer en Colombie-Britannique (Ouest Canada) sont des fragments et surtout des fibres (à 80%) (largeur = au tiers d’un cheveu). L’analyse (par spectromètre FTIR) a permis de cataloguer 110 textiles différents ce qui permet de connaitre leur origine et de conseiller les consommateurs (en analysant par exemple les sorties d’eau des machines à laver ou des stations d’épuration).
Les vestes polaires fabriquées à partir de bouteilles en plastique recyclé perdent beaucoup plus de fibres que les autres vêtements. Un simple sweat en polyester perd un million de fibres en un lavage. Les machines à laver qui se chargent par l’avant relarguent cinq fois moins de fibres que celles qui se chargent par le dessus.
Le problème des microplastiques est qu’ils sont ingérés par le zooplancton (à la base des réseaux alimentaires aquatiques), zooplancton qui ne peut alors plus se nourrir et croitre correctement.
Conclusion : achetez moins de vêtements mais de meilleure qualité, donnez les ou réparez les, lavez les moins souvent…

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Les poissons du Lac Léman

D’après la conférence de Chloé Goulon (UMR CARRTEL, INRA/USMB, Thonon-les-Bains) du 20 juin 2019 organisée par l’Association Léman Passion et le Géopark Chablais.

Le Léman est le plus grand lac d’Europe occidentale.
Il a subi une importante période d’eutrophisation dans les années 80 et, depuis les années 70, la température des eaux de surface a augmenté de 1,5°C.

Qu’est-ce que l’eutrophisation?
L’eutrophisation des milieux aquatiques est un déséquilibre du milieu provoqué par l’augmentation de la concentration d’azote et de phosphore dans le milieu. Elle est caractérisée par une croissance excessive des plantes et des algues due à la forte disponibilité des nutriments. Les algues qui se développent grâce à ces substances nutritives absorbent de grandes quantités d’oxygène, lorsqu’elles meurent et se décomposent. Leur prolifération provoque l’appauvrissement, puis la mort de l’écosystème aquatique présent : il ne bénéficie plus de l’oxygène nécessaire pour vivre, ce phénomène est appelé « asphyxie des écosystèmes aquatiques »

La pêche (800 tonnes par an) est professionnelle à 90%.
Il n’y a pas de quotas de pêche sur le Léman : la pêche est régulée de manière indirecte par le nombre d’engin de pêche autorisé par pêcheur et la taille des mailles des filets.

Les féras (corégones) et les ombles sont des salmonidés sténothermes d’eau froide : ils ne tolèrent que de faibles gradients de température. Dans le Léman ils sont à la limite sud de leur aire mondiale de répartition.

Le féra : les deux sous-espèces originelles ont disparu, la féra actuel serait proche de la Palée Neuchatel, importé en 1950.
Les captures ont augmenté de 1945 à 2014 (sauf une diminution dans les années 80 à cause de l’eutrophisation), puis ont chuté (comme dans le lac du Bourget). L’augmentation de la température de l’eau a des effets complexes et antagonistes (elle est moins bonne pour le développement des oeufs mais meilleure pour les larves : il y a plus de zooplancton). Pourquoi cette diminution des féras depuis 2014?
La hausse, avant cette date, serait dû à de fortes générations en raison de saisons de reproduction/survie larvaire favorables ; la baisse, ensuite, serait possiblement liée à l’épuisement de ces générations et à des saisons de reproduction moins favorables. Les liens avec une trop forte pression de pêche n’ont pour le moment pas été mis en évidence.

L’omble chevalier a été victime de l’eutrophisation des années 80, il a ensuite bénéficié des alevinages de 1980 à 1995, avant de chuter drastiquement à partir de 1998.
De nombreuses hypothèses ont été avancées. L’effet des alevinages au long terme est peut-être négatif, le réchauffement serait aussi en cause : la température optimale des frayères est 5°C or on observe souvent 8,5°C.

La perche, elle, est peu sensible à la qualité des eaux.
Sa population a augmenté avec l’eutrophisation des années 80, puis a diminué, et est maintenant stable. Après l’eutrophisation il n’y a pas eu de baisse de l’efficacité de la reproduction mais une augmentation du parasitisme et du cannibalisme. L’augmentation des températures depuis 1970 a entrainé un décalage de la période de reproduction de 10 jours par rapport à 1984 (la photopériode intervient peu, le frai commence à 12°C). Il faudrait donc revoir les dates de fermeture de la pêche.
Parasitisme ou cannibalisme sont peut être à l’origine des mortalités de jeunes perches observées en ce moment.

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Le Mexique et la mer : 2 océans, un golfe, 2 mers, 40 000 cénotes…qui dit mieux?

Le Mexique a 11000 kms de côtes et une Zone Economique Exclusive une fois et demi plus importante que sa surface terrestre.
Comme en France, l’Océan, qui est pourtant un bien commun, est géré essentiellement par l’industrie de la pêche. 40% de la pêche est illégal et 90% des pêcheries sont surexploitées. Le thon rouge et la vaquita ont quasiment disparu.
En 2010, début de la Révolution Bleue, la COP10 affirme la nécessité de protéger 10% des océans en 2020 (cet objectif sera ensuite réévalué à 30%). Interrogée sur ces 10 ou 30% l’iconique océanographe Sylvia Earle a répondu : “C’est comme si je vous demandais si vous voulez protéger 10 ou 30% de votre coeur, vous me répondriez quoi?”
Bref, de toute façon nous en sommes à 4%.
L’Amérique Latine a néanmoins fait des efforts considérables : le Chili a créé des Aires Marines Protégées (AMP) englobant Rapa Nui (Ile de Paques), l’archipel Juan Fernandez et le Cap Horn (1,3 million de km2).
La plus grande AMP d’Amérique du Nord ne se trouve ni aux Etats-Unis ni au Canada, mais au Mexique : c’est la réserve de l’Archipel des Revillagigedo (149000 km2).

La plus intéressante des recherches actuelles en biologie marine cherche à comprendre les migrations des requins, raies et tortues entre les îles tropicales de l’est du Pacifique : Revillagigedo (Mexique), Malpelo (Colombie), Galapagos (Equateur), Coco (Costa-Rica)…
Fantastique et ambitieux projet transnational! Il s’avère que ces îles doivent non seulement être protégées comme un même ensemble biogéographique, mais aussi qu’il faut créer entre elles des coridors protégés assurant la libre circulation des espèces.
Parmi les nouvelles voies en cours d’étude on trouve : celle reliant le golfe de Californie et les Revillagigedo, celle entre ce dernier et Clipperton, celle entre les Revillagigedo/Rocas Alijos/Guadalupe/The Channel Islands of California et celle, enfin, entre Juan Fernandez/Rapa Nui et Pitcairn.

Voir les cartes et le programme Migramar ici :

Species Protection

Les cénotes sont des gouffres (avens ou dolines) d’effondrement en milieu karstique, totalement ou partiellement remplis d’eau. Il peut s’agir d’eau douce, ou parfois d’une couche superficielle d’eau douce et d’une couche inférieure d’eau de mer s’ils communiquent avec l’océan par des failles. Traverser en plongée cette hyalocline (séparation des couches) est une expérience étonnante : tout est trouble à l’interface et pourtant clair au-dessus ou au-dessous.
Entièrement immergés dans l’eau de mer ces cénotes deviennent des “trous bleus”.
Le cénote Zacaton est le plus profond connu au monde : un robot plongeur autonome l’a exploré, il a atteint son fond à 318 mètres en mai 2007.
Le mot cénote provient du maya dz’onot signifiant “puits sacré” ; certains d’entre eux étaient considérés par les anciens Mayas comme communiquant avec l’”inframonde” et on y jetait des offrandes aux dieux du Xibalba. L’aspect sacré des cénotes était lié au fait que c’était, au Yucatan, leur seule réserve d’eau douce.
Curieusement je n’ai trouvé aucun livre sur les cénotes, même en anglais – en espagnol peut-être? – à part un “catalogue” des sites pour plongeur.

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Une histoire de la vaquita

 

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Le fleuve Colorado a mis 40 millions d’années à creuser son célèbre canyon mais, saigné par les Etats-Unis sur les 2200 kilomètres de son cours, il n’arrive plus à rallier son estuaire, il est épuisé, exhangue, il n’abreuve plus comme hier le Golfe de Californie, la Mer de Cortez au Mexique. L’agriculture dérive 80% des eaux fluviales, le reste est aspiré par les villes de Las Vegas, Tucson, Phoenix, Denver…
Au Mexique, le “Nil américain” n’est plus qu’un ruisseau.
Je ne sais pas pourquoi je vous le raconte car on n’a pas pu prouver que cela avait contribué à l’extinction de la vaquita. C’est plus fort que moi.
Parmi les millions d’américains du sud-ouest des Etats-Unis combien se posent la question de savoir s’ils ont moralement le droit d’accaparer une eau qui, historiquement, biologiquement, géologiquement revient au Mexique? Combien? Combien se la posent en dégustant leur côte de boeuf qui a necessité 16000 litres d’eau? Combien se la posent en faisant leur parcours de golf sur une pelouse irriguée en zone désertique? Combien?

Année 1958 :

Description scientifique de la vaquita par l’homme blanc occidental.
Des petits groupes de vaquitas sillonnent les eaux troubles du nord de la Mer de Cortez, elles sont à la recherche, par écholocation, des crustacés, des petits poissons et des céphalopodes qu’elles affectionnent.
Parfois une vaquita se prend dans le filet d’un pêcheur de totoaba, elle y meurt noyée.
Personne n’en veut directement à la vaquita.
Le totoaba est un très gros poisson dont les chinois – encore eux – sont friands : on prête à sa vessie natatoire des vertus médicinales.
La vaquita n’est qu’une prise accessoire, accidentelle, ça arrive parfois, personne n’est inquiet pour elle…pas encore…mais un système redoutable se met en place progressivement : les cartels mexicains font l’intermédiaire entre les pêcheurs mexicains pauvres d’un côté et les nouveaux riches chinois de l’autre.
Le totoaba a un surnom : “la cocaïne de la mer”.
Une étude de 2007 avait estimé qu’un investissement de 25 millions de $ dans la région pouvait sauver la vaquita. En 2019, un milliard d’euros ont été levé en 48 heures pour reconstruire Notre-Dame de Paris.
En 2000 le totoaba chinois disparait définitivement, victime de la surpêche. Les Chinois cherchent un substitut et jettent leur dévolu sur le totoaba mexicain (t macdonaldii) : la demande augmente, les prix au marché noir s’envolent…comme le braconnage des totoabas de la Mer de Cortez.
La population de vaquitas – prises accessoires de cette pêche – s’écroule : 600 en 1997 ; 10 en mars 2019.
La vaquita est une victime de la mondialisation triomphante.

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Perroquet à bosse : “le bison des récifs”

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“Chrok chrok chrok…” à moins que ce ne soit “ Qureuk qureuk qureuk…” je peine à me souvenir…Toujours est-il que la première rencontre avec un banc de perroquets à bosse broutant le corail laisse un souvenir mémorable. On ne s’entend plus et on se retrouve dans un nuage de sable. Les particules de squelette coralien lâchées par les dents des perroquets diminuent la limpidité de l’eau, un cauchemar de photographes.

Le perroquet à bosse mâle, comme la gélinotte, est territorial.
Lors de combats territoriaux les mâles prennent leur élan et se cognent violemment le crâne jusqu’à ce que l’un d’eux cède et finisse par s’éloigner (voir la vidéo). Comme les mouflons ou les bisons. Ce comportement, très rare sous l’eau parmi les poissons, n’a été observé qu’en 2012. Pourquoi seulement en 2012? Il est possible que la diminution de la population dûe à la surpêche ait rendu moins indispensable cette compétition, ces joutes territoriales.

 

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Résumons pourquoi ce poisson est exceptionnel :
c’est le seul représentant de son genre (Bolbometopon)
c’est un gros poisson, le plus grand poisson perroquet – il peut faire 1,5 mètre et peser 74 kgs – ; les adultes ont des bulbes frontaux à la Elephant Man.
c’est le seul poisson dont les mâles se battent à grands coups de chocs frontaux (voir la vidéo :https://www.youtube.com/watch?v=h0dk5PeEs_Q).
il est recouvert d’écailles, sauf au niveau du front, qui est souvent vert clair ou rose.
Il vit jusqu’à 40 ans, a un taux de reproduction et une croissance lentes.
Il est grégaire et on a pu observer des groupes de plus de 75 individus.
Sa reproduction est liée au cycle lunaire
un adulte ingère 5 tonnes de corail par an ; l’entendre “brouter” sous l’eau est impressionnant ; il contribue à la régénération du récif en favorisant l’implantation de nouvelles pousses de corail
il dort en groupe, la nuit, dans des trous, ce qui en fait une proie facile pour les chasseurs.

Je me souviens, c’était plutôt : “Schkrouk schkrouk schkrouk…”

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