Mégalodon, calamar et baleine bleue : des nouvelles des géants…

Le mégalodon (Carcharocles megalodon), espèce de requin éteinte pouvant atteindre 18 mètres est considéré comme le plus grand superprédateur marin ayant jamais existé. Pourquoi a-t-il disparu ? Il sillonnait les mers entre 23 et 2 millions d’années. En confrontant sa répartition géographique, son abondance et les données environnementales on en a déduit que les variations climatiques ne seraient pas directement responsables de son extinction. Son déclin semble lié à la chute de la diversité des cétacés, dont il se nourrissait, à la fin du Miocène et à l’émergence de concurrents (cachalots). 20 millions d’années d’existence qui s’achèvent à cause d’une compétition alimentaire.

L’encornet géant (Dosidicus gigas) transmet des informations complexes à ses congénères grâce à la bioluminescence. Les tissus musculaires contiennent des photophores (organes produisant de la lumière) sous la peau qui contient elle-même des chromatophores (cellules pigmentaires créant des motifs changeants à la surface de l’animal). Son corps luisant fait ressortir par contraste des motifs cutanés : le calamar a inventé les signaux rétroéclairés. Des vidéos collectées au large de la Californie suggèrent que ces animaux sociaux échangent des informations quand ils chassent. Des séquences particulières, où des signaux semblent modifier le sens d’autres signaux, laissent même entrevoir une véritable syntaxe…

L’équipe de J. Goldbogen a réussi à faire l’ECG de la baleine bleue…pendant 8h30 ! Poids de la bête : 170 tonnes…et son cœur pèse le poids d’une vache. L’animal a fait des apnées de 16 minutes et est descendu à 184 m. En surface le cœur battait à 30 battements par minute (bpm), en plongée il ralentissait jusqu’à 4 ou 8 voir 2 bpm ! Cette extrême bradycardie est compensée par la richesse en myoglobine (qui fixe l’oxygène) des muscles.

Pimiento C. et al., 2016. Journal of Biogeography.
Burford BP et Robison BH, 2020, PNAS.
Goldbogen JA, Cade DE et al. 2019 PNAS.

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Une vie de John Muir (1838-1914)

 

Jenni nous offre une chaleureuse biographie du père fondateur de l’écologie politique aux Etats-Unis.
« C’est l’homme le plus libre que j’ai jamais rencontré » disait de lui Théodore Roosevelt.
Né en Ecosse, débarqué à 10 ans aux Etats-Unis, il travaille dur dans la ferme familiale, puis invente des machines étonnantes. Il quitte le Wisconsin et sillonne, dans un dénuement presque total, le pays à pied jusqu’en Floride – 1500 kms ! – puis rejoint la Californie. Il y tombe amoureux des arbres, les séquoias notamment, et des paysages.
Grandi dans un calvinisme écossais rigoriste, il se forge un animisme monothéiste.
Il voit la disparition des pigeons migrateurs qui, pendant son adolescence, obscurcissaient le ciel par millions (milliards?). En Alaska, il étudie les glaciers, rencontre des Indiens avant leur extermination. Il est touché par leur grande bienveillance vis à vis des enfants.
Ce marcheur invétéré devient le vieux sage, l’esprit des forêts de l’ouest américain. Il contribue à la création du Parc Yosémite et du Sierra Club.
Avec Thoreau, il est l’autre créateur de la pensée écologique aux Etats-Unis, mais un penseur plus aventureux et naturaliste, plus « physique ».
Jenni rend merveilleusement tout le génie de Muir. Il nous fait partager, sentir, comprendre la curiosité de l’homme, « sa résistance physique, son émerveillement esthétique, spirituel et scientifique ».
Ce père spirituel des conservationnistes nous a laissé parmi les plus belles pages de nature writing.
John Muir, maître à penser et maître de vie, un projet pour un XXIème siècle plus frugal ?

« J’aurais pu devenir millionnaire j’ai choisi d’être vagabond ». Alexis Jenni, Ed. Paulsen.

 

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La conscience des dauphins

Qu’est-ce que la métacognition? C’est la “cognition sur la cognition”. L’animal peut-il formuler “qu’il sait qu’il sait” ou “qu’il sait qu’il ne sait pas”? Elle est l’une des formes les plus complexes de la cognition et souvent considérée comme exclusivement humaine. L’étude chez l’homme est basée sur des rapports verbaux ; chez les animaux il a fallu développé des tests comportementaux ingénieux. Par exemple, pour évaluer le jugement métacognitif, c’est-à-dire la capacité de juger son propre état de connaissance, on offre aux sujets la possibilité de ne pas répondre à un exercice ou bien de se retirer d’une situation donnée lorsqu’ils estiment que l’exercice proposé est difficile. Ce type de dispositif a été utilisé dans l’étude pionnière sur les dauphins de Smith en 1995. Le principe de la tâche de discrimination perceptuelle consiste à demander à l’animal de distinguer deux stimulus en fonction de leurs propiétés physiques (auditives ou visuelles). Le sujet doit classer un son en fonction de sa fréquence (basse ou haute). L’animal est placé face à un dispositif présentant deux leviers A et B, un à droite, l’autre à gauche. Un son est émis. S’il estime que le son est de basse fréquence, il doit appuyer sur A, s’il estime qu’il est de haute fréquence il doit appuyer sur B. Si l’animal donne la bonne réponse il obtient une récompense alimentaire. Une fois que les animaux ont appris cette tâche on accroit la difficulté de l’exercice. Les deux stimulus présentés deviennent de plus en plus difficiles à discriminer (les deux sons ont des fréquences proches). Si le sujet est capable d’évaluer son propre état de connaissance, il est censé pouvoir détecter le niveau de difficulté de la tâche. S’il parvient ainsi à distinguer l’option pour laquelle il est certain de connaitre la réponse de celle pour laquelle il doute, il peut agir en conséquence. Dans le test de l’évaluation de l’incertitude, le but est de déterminer si l’animal est capable de refuser d’exècuter le test s’il sait qu’il ne sait pas. Pour cela on donne au sujet la possibilité d’accepter ou bien de refuser d’exècuter la tâche. On offre un “joker” que l’animal peut utiliser quand il juge qu’il ne connait pas la bonne réponse. Deux nouvelles options sont introduites X et Y. Si l’animal juge qu’il connait la bonne réponse, il peut choisir l’option X (en appuyant sur un levier spécifique), puis choisir la réponse. S’il a la bonne réponse, il obtient une grosse récompense, s’il ne l’a pas, il n’obtient rien. En revanche, si l’animal juge qu’il ne connait pas la bonne réponse, alors il peut appuyer sur le levier Y, le “joker”. Dans ce cas, il obtient, quoi qu’il arrive, une petite récompense – mais une récompense tout de même. La prédiction est qu’un animal capable d’un jugement métacognitif prospectif appuiera davantage sur le levier X quand il est certain de la réponse, mais choisira le levier Y, le joker, en cas d’incertitude. Le dauphin, le singe rhésus, l’orang-outang, le chimpanzé et le rat ont effectivement davantage choisi le levier Y dans les tâches les plus difficiles, ce qui suggère qu’ils sont capables d’un jugement prospectif métacognitif.

“La conscience des animaux” P. Le Neindre et al. Ed. Quae. 2018

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Une vie entre terre et mer

 

Pas d’hommes-chasseurs à l’horizon, ni orque, ni requin. Je suis pleine mais la naissance est encore loin. Je dors, allongée sur notre rocher-plage, je rêvasse, m’étends de tout mon long, fait jouer chacune de mes cervicales, soupire, somnole…frotti-frotta avec mes copines, le soleil tape, plouf!, je me glisse dans l’eau, gobe au passage une poignée de sardines vif-argent, je ressors, m’ébroue, longue gratouille de la tête avec mes griffes postérieures, Charly me bouscule, je lui corne aux oreilles, faut pas pousser! Il gueule en réponse, proteste puis, enfin, se calme ; je rampe et me cale au milieu des corps amorphes, mous et chauds, de mes copines, bande de larves!

Je me gratte le ventre contre l’échine de Sabrina, c’est bon, je m’endors, rêve que je flotte éternellement avec les miens en un radeau compact : soleil, mer calme, mer grouillante de vif-argent… qui brille dans les rayons de lumière. Je me réveille, dressée sur mes quatre nageoires, cou tendu, museau pointé vers le ciel : ça m’arrive souvent en ce moment, me rendors, suis réveillée par les vociférations sonores et outrées de Charly, ça se bouscule dans son coin, ça clame, beugle et braille…les barrissements se répandent dans toute la colonie, un tintamarre assourdissant. Bon sang, mais laissez-moi dormir!

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Les Palaos : un Etat insulaire idéal…pour la protection des océans?

Les Palaos est un pays d’Océanie situé en Micronésie, à l’est des Philippines, au nord de la Nouvelle-Guinée occidentale (Indonésie), à l’ouest de la Micronésie. Il comprend plusieurs centaines d’îles dont seules quelques unes sont habitées par 20 000 habitants. Il est indépendant des Etats-Unis depuis 1994.
La défense de l’environnement est inscrite dans sa Constitution depuis son indépendance ; elle est enseignée dés l’école primaire. Les palaos c’est 1% de terres émergées et 99% d’océan.
Quelques dates. Interdiction du chalutage de fond en 2006. Premier sanctuaire au monde pour les requins en 2009. En 2015, il impose des observateurs sur tous les thoniers pêchant dans sa Zone Economique Exclusive (ZEE). 80% de ses eaux en protection intégrale en 2016.
Malgré des moyens limités le pays a montré une détermination exemplaire contre les bateaux contrebandiers venus du Vietnam, de Taïwan, de Chine ou des Philippines.
Tommy Remengesau le président de Palau en 2017 explique la notion de bul :
“C’est une pratique traditionnelle : quand il est rapporté à un chef de village que les poissons déclinent à un emplacement du récif, il décrète un bul, une interdiction de pêche. Le bul peut être retiré si les poissons reviennent. Le bul que nous venons de décréter pour notre mer profitera aussi aux Philippines, à l’Indonésie et à la Micronésie. C’est notre contribution à la région et au Monde…Nous avons montré qu’un requin vivant tout au long de sa vie rapporte par l’éco-tourisme 1,9 millions de $. Ses nageoires rapportent 45 $US le kilo…” Il termine l’entretien en disant : “Personne n’a jamais été tué par un requin à Palau, personne…jamais…dans toute notre histoire…par un crocodile, oui, mais par un requin, jamais.”

Jusqu’à maintenant Palau n’avait qu’un seul bateau, le Remeliik (un don de l’Australie), pour surveiller sa zone de non-pêche de 500 000 kilomètres carré (la taille de l’Espagne). Grâce à une fondation japonaise il vient d’en acquérir un deuxième (navire, entretien et salaires payés jusqu’en 2027 pour un montant de 30 millions de $ US).
Les Palaos bénéficient de l’aide d’une ONG écologiste, SkyTruth, basée en Virginie-Occidentale, pour repérer, par satellite, les bateaux pirates. Ses analystes connaissent par coeur les mouvements des bateaux de la région et repèrent immédiatement les navires suspects.
En 2013 un magnat australien du secteur minier, Andrew Forrest, a financé un essai de drones pour patrouiller dans les eaux palauanes. Le projet a été arrêté car jugé trop cher et pas assez efficace. Les Palaos n’ayant pas d’armée de l’air ils ont également équipé de radars les avions d’une association de missionnaires chrétiens (Pacific Mission Aviation), mais le coût des radars, prohibitifs, a limité, là aussi, l’expérience.
Google, SkyTruth et Oceana ont créé la plateforme Global Fishing Watch pour combiner la surveillance satellitaire et l’intelligence artificielle. On suit en temps réel les navires avec leurs caractéristiques, le matériel et le type de pêche affectuée…système qui pourra aussi être utilisé pour lutter contre l’esclavage à bord.
Le tourisme de plongée n’est pas forcément la panacée. Vu d’Europe les Palaos semblent au bout du monde, mais pour les Chinois, par exemple, c’est la porte à côté. Le nombre de touristes chinois est passé en quelques années de 2000 à 11000 par mois et certains ont été arrêtés pour avoir pêché (ou acheté illégalement, notamment, des Napoléons) ou bien avoir capturé des méduses du Lac aux Méduses, méduses qui se sont retrouvées sur des marchés aux poissons à Hong Kong.

Ce qui est moins connu c’est que les Palaos sont en train de devenir un pavillon de complaisance surtout pour les vieux navires qui partent à la casse, alors même que le pays est sur la liste noire pour la sécurité maritime et le contrôle des navires dans les ports. Avant d’être livrés aux ferrailleurs un quart des navires changent de pavillon et Palaos est devenu un des “pavillons corbillards” les plus en vogue chez les armateurs. Ces derniers vendent rarement en direct à des chantiers indiens ou bangladais de démantèlement, ils préfèrent passer par des intermédiaires, c’est facile et peu coûteux.

A LIRE (et consulter pour les références): “La jungle des océans” de l’excellentissime Ian Urbina, Payot, 2019.

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La féra dans le lac Léman : où en est-on?

 

D’après la conférence de Orlane Anneville du 13 octobre 2019, pour les 20 ans du CARRTEL-INRA.

Dans les années 60 et jusqu’aux années 80, il y avait peu de féras à cause de l’eutrophisation. A cette époque, l’excès de phosphore dans les eaux du lac, entraînait une pullulation d’algues microscopiques (le phytoplancton) qui, en se décomposant conduisaient à une couche sans oxygène au fond, ce qui était néfaste pour les oeufs. Le pacage lacustre (élevage des larves en bassins puis déversement dans le lac) a, un temps, aidé à maintenir la population de Féra.
Dans les années 80, les féras ne vivaient pas vieux (rarement plus de 3 ans) car ils étaient tous pêchés. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, les pêcheurs attrapent parfois des individus de 6 ans ! En effet, en raison des fortes densités observées à partir de 2006, les poissons ne sont plus tous pêchés. .
Dans les années 90, le nombre de féras a augmenté grâce à l’amélioration de la qualité du lac et des frayères. Par ailleurs, des printemps plus cléments, ont permis aux larves de féras de grandir plus vite (se mettant ainsi à l’abri de la prédation). Le pic d’abondance du zooplancton est plus précoce ce qui favorise aussi la croissance des larves. 2006 fut une année exceptionnelle en terme de production de juvéniles et s’en suivit un emballement de la population grâce à des conditions environnementales toujours favorables et la présence de reproducteurs de plus en plus âgés et performants..
En 2014, on a jamais vu autant de féras…puis ça s’effondre. Pourquoi? Plusieurs hypothèses. Est-ce la disparition, par la pêche, d’une cohorte à l’exceptionnelle qualité reproductrice? La température continue à augmenter, ce qui devrait favoriser la croissance des larves mais à l’inverse, pourrait être préjudiciable pour la survie des œufs et la croissance des juvéniles en été.. Aussi, il y a moins de zooplancton (surtout des espèces leptodora et daphnies (au printemps) qui sont appréciées par les larves de corégones) ; plus qu’un problème d’abondance du zooplancton, il semble y avoir un problème de disponibilité de la ressource car il y a beaucoup de poissons pour le nombre de proies.

Ces dernières années, il y a donc une forte compétition pour la nourriture au sein de la population de Féra.  Actuellement il ne semble pas y avoir de surpêche car on pêche encore des vieux spécimens (données de la scalimétrie = stries de croissance des écailles).

Est-ce que ça va aller mieux? Il semblerait que des jeunes poissons sont pêchés actuellement ce qui serait encourageant.
La féra, comme l’omble, dans le Léman, est au sud de son aire de répartition, ce qui signifie qu’elle ne supportera pas une augmentation de la température.
On aurait vu des féras remonter des rivières (à la recherche d’une eau plus froide?), serait-ce annonciateur d’un nouveau mode reproductif?

PS : Le nombre de brochets augmente : suite à la diminution du phosphore des années 80, les herbiers ont augmenté, ce qui a aussi favorisé les brochets qui fraient dans les herbiers.

Qu’en est-il dans le lac d’Annecy?
Ce lac a été préservé de l’eutrophisation. Malgré tout les prises ont diminué à partir de 2004 entrainant un conflit entre pêcheurs professionnels et amateurs (2 pro et 800 amateurs). La situation s’est améliorée notamment grace à une nouvelle réglementation de la pêche : modification de la taille légale des prises, des quotas pour les amateurs et le nombre de licences pro. Les conditions environnementales ont aussi été favorables à la reproduction naturelle et à la survie des larves.

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Manger du poisson?

On connait l’état critique des pêcheries mondiales. Selon la FAO 58% des populations sont exploitées au niveau maximal et 31% sont surexploitées.

Devant l’étal du poissonnier force est de constater que, le plus souvent, la loi n’est pas respectée : une fois sur deux la méthode de pêche n’est pas indiquée.
Comment s’y retrouver? Avoir l’application PlanetOcean ou Mr GoodFish (https://www.mrgoodfish.com/) dans son smartphone peut aider.

Choisir des restaurants dont les chefs s’engagent. J’ai récemment suivi un cours de cuisine avec un chef étoilé dans un palace du lac Léman, il n’avait jamais entendu parler des certifications comme MSC! Il y a encore un déficit d’informations. Relais&Châteaux et ses chefs se sont engagés, des restaurateurs, derrière Mr Goodfish ou d’autres, encore, comme Christopher Coutanceau (2 étoiles à La Rochelle). Les bases? Rejet de la pêche électrique, respect du calendrier de reproduction des espèces (ici, dans le Léman, on continue à pêcher la perche en pleine période de frai, en mai), retrait du poulpe, travailler des espèces peu connues comme la vive, la vieille, le chinchard…utiliser toutes les parties du poisson…

Préférer les poissons d’élevage aux poissons sauvages n’est une solution que si vous acceptez de manger des poissons herbivores (tilapias…) sinon le kilo de poisson dans votre assiette (saumon, bar, daurade…) a nécessité entre 2 et 4 kgs de poissons-sauvages-fourrage pour sa nourriture (anchois, harengs…).

Est-ce utile pour la santé d’en manger? Les autorités de santé répondent : “Oui, mais pas trop…”. Une étude américaine publiée dans Scientific Reports précise qu’une consommation hebdomadaire permet aux enfants de mieux dormir et d’avoir un meilleur QI, grâce peut-être aux acides gras oméga-3 présents dans le saumon, le maquereau, la truite, le hareng ou la sardine…(le QI est tellement multifactoriel qu’on peut douter de cette étude…). En France, on insiste sur le “pas plus d’une ou deux fois par semaine” à cause des pesticides retrouvés dans les poissons d’élevage et les métaux lourds et PCB dans les poissons sauvages super-prédateurs tels que thons, requins, espadons…

Où manger du bon poisson?
Nick Sakagami est un expert en gastronomie du thon (“fish master”), ce qui l’intéresse surtout c’est le goût du poisson (plus que de savoir si, demain, il y en aura encore). Pour lui le meilleur thon au monde, en dehors du Japon, se trouve à Tahiti. La Norvège et le Canada sont les deux autres pays qui proposent les meilleurs poissons du monde.

Le thon rouge est menacé, mais il faut distinguer les régions d’origine : celui de l’Atlantique l’est moins que celui du Pacifique (au Mexique par exemple la législation est trop laxiste) ; en Méditerranée ça semble aller mieux. Le thon des eaux froides (Islande, Ecosse…) est meilleur car il est plus gras. Il est conseillé généralement de manger comme les “locaux”. C’est surtout vrai sous les Tropiques : les Haut-Savoyards adorent manger des filets de perche alors qu’ils savent très bien que, 8 fois sur 10, ils sont importés…Nick a un dernier conseil : “demander au serveur d’où vient le poisson. S’il ne le sait pas c’est mauvais signe.” Je vous déconseille l’expérience en France, ou si, faites-le, vous ne mangerez plus souvent de poisson au restaurant…

Carrefour est l’une des enseignes qui propose le plus de références MSC (Marine Stewardship Council, un label écoresponsable)…mais toutes s’y mettent : les Magasins U mettent en avant le remplacement du thon Albacore par du thon Listao pêché à la ligne sans utilisation de DCP (Dispositifs de Concentration de Poissons), mais peut-on les croire?

Du côté des crevettes : c’est entendu, les meilleures crevettes d’élevage congelées sont celles de Madagascar (ASC, Label Rouge…elles cumulent toutes les certifications), mais à 2€ la gambas, chez Picard, c’est un plat de luxe…

Le mieux c’est encore de devenir végétarien ou végétalien, si on y arrive…un excellent livre de recettes (en anglais) : https://www.amazon.fr/gp/product/039958014X/ref=ox_sc_saved_title_9?smid=A1X6FK5RDHNB96&psc=1

Pour le lien entre pêche à la crevette et esclavage moderne (oui, vous avez bien lu « esclavage » https://cridupoulpe.wordpress.com/2015/01/13/khao-phat-kung/   ), lire : « La jungle des océans » de Ian Urbina. Payot.

Puisqu’on est dans les livres, je ne peux que vous recommander l’excellente biographie de Daniel Pauly, le plus titré de nos halieuthes actuels, par David Grémillet : “Daniel Pauly, Un océan de combats” chez Wildproject. J’y reviendrai. Trop vital.

Sur le même sujet :

https://cridupoulpe.wordpress.com/2017/12/19/manger-encore-du-poisson-et-des-produits-de-la-mer/

https://cridupoulpe.wordpress.com/2015/10/07/10-conseils-pour-choisir-son-poisson/

https://cridupoulpe.wordpress.com/2015/01/13/khao-phat-kung/

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Pollution plastique : infos pratiques

Sur la côte du Canada les 12 déchets ramassés sur les plages sont (par ordre décroissant et en nombre d’objets) :
1 – petits morceaux de plastique
2 – mégots de cigarette
3 – bouteilles en plastique
4 – emballages alimentaires
5- bouchons de bouteilles
6 – papiers
7 – sacs en plastique
8 – emballages divers
9 – pailles
10 – plastique aéré
11 – canettes
12 – cordes

Les microplastiques (inf à 5mm) trouvés en mer en Colombie-Britannique (Ouest Canada) sont des fragments et surtout des fibres (à 80%) (largeur = au tiers d’un cheveu). L’analyse (par spectromètre FTIR) a permis de cataloguer 110 textiles différents ce qui permet de connaitre leur origine et de conseiller les consommateurs (en analysant par exemple les sorties d’eau des machines à laver ou des stations d’épuration).
Les vestes polaires fabriquées à partir de bouteilles en plastique recyclé perdent beaucoup plus de fibres que les autres vêtements. Un simple sweat en polyester perd un million de fibres en un lavage. Les machines à laver qui se chargent par l’avant relarguent cinq fois moins de fibres que celles qui se chargent par le dessus.
Le problème des microplastiques est qu’ils sont ingérés par le zooplancton (à la base des réseaux alimentaires aquatiques), zooplancton qui ne peut alors plus se nourrir et croitre correctement.
Conclusion : achetez moins de vêtements mais de meilleure qualité, donnez les ou réparez les, lavez les moins souvent…

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Les poissons du Lac Léman

D’après la conférence de Chloé Goulon (UMR CARRTEL, INRA/USMB, Thonon-les-Bains) du 20 juin 2019 organisée par l’Association Léman Passion et le Géopark Chablais.

Le Léman est le plus grand lac d’Europe occidentale.
Il a subi une importante période d’eutrophisation dans les années 80 et, depuis les années 70, la température des eaux de surface a augmenté de 1,5°C.

Qu’est-ce que l’eutrophisation?
L’eutrophisation des milieux aquatiques est un déséquilibre du milieu provoqué par l’augmentation de la concentration d’azote et de phosphore dans le milieu. Elle est caractérisée par une croissance excessive des plantes et des algues due à la forte disponibilité des nutriments. Les algues qui se développent grâce à ces substances nutritives absorbent de grandes quantités d’oxygène, lorsqu’elles meurent et se décomposent. Leur prolifération provoque l’appauvrissement, puis la mort de l’écosystème aquatique présent : il ne bénéficie plus de l’oxygène nécessaire pour vivre, ce phénomène est appelé « asphyxie des écosystèmes aquatiques »

La pêche (800 tonnes par an) est professionnelle à 90%.
Il n’y a pas de quotas de pêche sur le Léman : la pêche est régulée de manière indirecte par le nombre d’engin de pêche autorisé par pêcheur et la taille des mailles des filets.

Les féras (corégones) et les ombles sont des salmonidés sténothermes d’eau froide : ils ne tolèrent que de faibles gradients de température. Dans le Léman ils sont à la limite sud de leur aire mondiale de répartition.

Le féra : les deux sous-espèces originelles ont disparu, la féra actuel serait proche de la Palée Neuchatel, importé en 1950.
Les captures ont augmenté de 1945 à 2014 (sauf une diminution dans les années 80 à cause de l’eutrophisation), puis ont chuté (comme dans le lac du Bourget). L’augmentation de la température de l’eau a des effets complexes et antagonistes (elle est moins bonne pour le développement des oeufs mais meilleure pour les larves : il y a plus de zooplancton). Pourquoi cette diminution des féras depuis 2014?
La hausse, avant cette date, serait dû à de fortes générations en raison de saisons de reproduction/survie larvaire favorables ; la baisse, ensuite, serait possiblement liée à l’épuisement de ces générations et à des saisons de reproduction moins favorables. Les liens avec une trop forte pression de pêche n’ont pour le moment pas été mis en évidence.

L’omble chevalier a été victime de l’eutrophisation des années 80, il a ensuite bénéficié des alevinages de 1980 à 1995, avant de chuter drastiquement à partir de 1998.
De nombreuses hypothèses ont été avancées. L’effet des alevinages au long terme est peut-être négatif, le réchauffement serait aussi en cause : la température optimale des frayères est 5°C or on observe souvent 8,5°C.

La perche, elle, est peu sensible à la qualité des eaux.
Sa population a augmenté avec l’eutrophisation des années 80, puis a diminué, et est maintenant stable. Après l’eutrophisation il n’y a pas eu de baisse de l’efficacité de la reproduction mais une augmentation du parasitisme et du cannibalisme. L’augmentation des températures depuis 1970 a entrainé un décalage de la période de reproduction de 10 jours par rapport à 1984 (la photopériode intervient peu, le frai commence à 12°C). Il faudrait donc revoir les dates de fermeture de la pêche.
Parasitisme ou cannibalisme sont peut être à l’origine des mortalités de jeunes perches observées en ce moment.

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Le Mexique et la mer : 2 océans, un golfe, 2 mers, 40 000 cénotes…qui dit mieux?

Le Mexique a 11000 kms de côtes et une Zone Economique Exclusive une fois et demi plus importante que sa surface terrestre.
Comme en France, l’Océan, qui est pourtant un bien commun, est géré essentiellement par l’industrie de la pêche. 40% de la pêche est illégal et 90% des pêcheries sont surexploitées. Le thon rouge et la vaquita ont quasiment disparu.
En 2010, début de la Révolution Bleue, la COP10 affirme la nécessité de protéger 10% des océans en 2020 (cet objectif sera ensuite réévalué à 30%). Interrogée sur ces 10 ou 30% l’iconique océanographe Sylvia Earle a répondu : “C’est comme si je vous demandais si vous voulez protéger 10 ou 30% de votre coeur, vous me répondriez quoi?”
Bref, de toute façon nous en sommes à 4%.
L’Amérique Latine a néanmoins fait des efforts considérables : le Chili a créé des Aires Marines Protégées (AMP) englobant Rapa Nui (Ile de Paques), l’archipel Juan Fernandez et le Cap Horn (1,3 million de km2).
La plus grande AMP d’Amérique du Nord ne se trouve ni aux Etats-Unis ni au Canada, mais au Mexique : c’est la réserve de l’Archipel des Revillagigedo (149000 km2).

La plus intéressante des recherches actuelles en biologie marine cherche à comprendre les migrations des requins, raies et tortues entre les îles tropicales de l’est du Pacifique : Revillagigedo (Mexique), Malpelo (Colombie), Galapagos (Equateur), Coco (Costa-Rica)…
Fantastique et ambitieux projet transnational! Il s’avère que ces îles doivent non seulement être protégées comme un même ensemble biogéographique, mais aussi qu’il faut créer entre elles des coridors protégés assurant la libre circulation des espèces.
Parmi les nouvelles voies en cours d’étude on trouve : celle reliant le golfe de Californie et les Revillagigedo, celle entre ce dernier et Clipperton, celle entre les Revillagigedo/Rocas Alijos/Guadalupe/The Channel Islands of California et celle, enfin, entre Juan Fernandez/Rapa Nui et Pitcairn.

Voir les cartes et le programme Migramar ici :

Species Protection

Les cénotes sont des gouffres (avens ou dolines) d’effondrement en milieu karstique, totalement ou partiellement remplis d’eau. Il peut s’agir d’eau douce, ou parfois d’une couche superficielle d’eau douce et d’une couche inférieure d’eau de mer s’ils communiquent avec l’océan par des failles. Traverser en plongée cette hyalocline (séparation des couches) est une expérience étonnante : tout est trouble à l’interface et pourtant clair au-dessus ou au-dessous.
Entièrement immergés dans l’eau de mer ces cénotes deviennent des “trous bleus”.
Le cénote Zacaton est le plus profond connu au monde : un robot plongeur autonome l’a exploré, il a atteint son fond à 318 mètres en mai 2007.
Le mot cénote provient du maya dz’onot signifiant “puits sacré” ; certains d’entre eux étaient considérés par les anciens Mayas comme communiquant avec l’”inframonde” et on y jetait des offrandes aux dieux du Xibalba. L’aspect sacré des cénotes était lié au fait que c’était, au Yucatan, leur seule réserve d’eau douce.
Curieusement je n’ai trouvé aucun livre sur les cénotes, même en anglais – en espagnol peut-être? – à part un “catalogue” des sites pour plongeur.

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